André Lalande
Vocabulaire technique et crisque de la philosophie
Texte revu par les membres et corrcspondœus de la SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE PHILOSOPHIE et publié avec leurs corrections et observanons
AVANT-PROPOS DE RENÉ POIRIER
Volume 1!
A-M
1
QUADRIGE / PUF
OUVRAGE COURONNÉ PAR L'ACADÉMIE FRANÇAISE
ÉDITIONS ANTÉRIEURES
Edition originale, en fascicules, dans le Bulletin de la Société française de
Philosophie, 1902-1923.
Deuxième édition, augmentée d'un Supplément. 2 volumes grand in-8°,
Alcan, 1926.
Troisième édition, avec additions au Supplément. 2 volumes grand in-8°, Alcan, 1928.
Quatrième édition, notablement augmentée. 3 volumes grand in-8°, Alcan,
1932. (Les tounes 1 et 11 ont été réimprimés en 1938.)
Cinquième édition, augmentée d'un grand nombre d'articles nouveaux,
* Prèsses Universitaires de France, 1947.
Seizième édition, Presses Universitaires de France. 1988.
ISBN 2 13 044512 8 (édition complète) 2 13 044513 6 (volume 1)
ISSN 0291-0489
Dépôt légal —— 1"° édition : 1926
4° édition « Quadrige » : 1997, janvier
© Presses Universitaires de France, 1926 108, boulevard Saint-Germain, 75006 Paris
AVANT-PROPOS A LA DIXIÈME ÉDITION
On eûl pu croire qu'au boul d'un demi-siècle, le Vocabulaire philo- sophique d'André Lalande el de la Sociélé française de Philosophie aurail perdu de son audience. Il n’en esl rien el les édilions s'en épuisent de plus en plus vile, à une époque où pourlanl les revues philosophiques balleni de l'aile, Jaule de public. Cela lieni d'abord à ce que les définilions el les exemples en onl élé longuement, mûremeni déballus par des philosophes averlis el résolus à travailler mélhodiquemeni el paliemment en commun, enlreprise unique à laquelle André Lalande el ses amis onl consacré beaucoup de leur vie. Cela lient ensuile à ce que nous avons dans les noles el les discussions adjoinles un modèle remarquable de celle analyse du langage, exercice doni on ne pensail pas alors qu'il paraïlrail un jour à cerlains l’essenliel de la philosophie. Aulour de chaque lerme, les nuances, les opposilions de sens évoqueni celles des doclrines, des problèmes, des expériences el celle discussion conslilue un premier examen clinique de la pensée philosophique.
Esl-ce à dire que le Vocabulaire puisse élre indéfiniment réimprimé sans changemenis ? Assurémeni pas el déjà chaque nouvelle édilion compor- lail des reclificalions el surloul des compléments. C'esl ainsi que figurail déjd, à la fin de l'ouvrage, un supplément conlenani des lermes nouveaux ou des acceplions nouvelles de lermes anciens el un Appendice conslilué par des gloses supplémenlaires, complélant celles qui se lrouvaieni dans les noles de l’ancien Vocabulaire. Cependant, il faudra sans doule envi- sager quelque jour une refonle plus complèle. Il conviendrail, d'une part, de reclifier certains arlicles, par exemple de logique, de psychologie, elc., qui correspondeni à des nolions donl le contenu s'est dif[férencié, transformé, renouvelé, el d'en ajouler de nouveaux — d'autre part, d'introduire, dans une cerlaine mesure, les lermes du langage philosophique conlemporain, el aussi cerlains lermes d'origine scolaslique qui débordeni aujourd’hui quelquefois de la lhéologie dans la philosophie. À joulons que dans les notes et les discus-
vi AVANT-PROPOS
sions, on élaguerait volontiers ce qui esi l’œuvre de philosophes mineurs ou ce qui se réfère à un contexte périmé, à des références désuèles, notamment lorsqu'il s’agit de philosophie liée aux sciences ou aux lechniques. À quoi bon renvoyer à des ouvrages qui ne sont ni des mémoires originaux, ni des exposés actuellement valables ?
C’esl ce que l’on a essayé de faire à peliles doses dans celle nouvelle édilion, mais la lâche esl moins simple qu’on ne pourrait le croire. En effel, s’il esl difficile de réduire le Vocabulaire à celui de la philosophie « clas- sique », il l’est aussi d’y intégrer l’ensemble des lermes lechniques apparenlés à la philosophie actuelle, dans la variété el parfois l'ambiguïté de leurs acceplions. Un Vocabulaire deviendrait alors un trailé de philosophie par ordre alphabétique, avec les choix plus ou moins légitimes que cela impose. Ce que l’on peul faire, c’est indiquer les prolongements actuels des notions classiques, donner les définitions fondameniales el pour le reste renvoyer aux Vocabulaires spéciaux, comme il en existe pour la psychologie, la psychiatrie, elc., el prochainement, espérons-le, pour la logique formelle.
En fait, il y a deux sorles de lecteurs pour les ouvrages de ce genre. Les uns, à l’occasion d’une doctrine ou d’un problème, cherchent à le situer dans l’ensemble de la pensée philosophique et à en saisir les divers aspects, au moyen d’une analyse du langage. Ce sont, en particulier, des étudiants à qui l’on demande de réfléchir sur une idée ou une question.
Les autres sont des gens qui ont en main un ouvrage philosophique, classique ou contemporain, el qui ne comprennent pas cerlains mois ou cerlaines expressions. On ne peul pas les renvoyer à un diclionnaire du lan- gage contemporain, qui n’exisle pas, je crois, ni aux diclionnaires de lhéo- logie, par exemple, trop considérables el qu'on n’a pas aisément sous la main.
Les premiers sont plulôt atlachés à la parlie stable du Vocabulaire, celle sur laquelle nos aînés onl pu se mettre à peu près d'accord, el qui constituerait un « Bon usage », une « Norme » du langage philosophique permellant l'accord des esprits. Les seconds sont au coniraire attentifs à ce qu’il y a de variable el de loujours renouvelé, d’incodifié et même d’incodifiable dans la significalion des mols.
On aimerail sans doule suivre à la trace l’évolution des sens ou l'apparition d'expressions autour desquelles cristallise peu à peu une pensée qui, rétros- peclivement, semblera avoir préexislé et cherché sa formule, alors qu’en réalité c’est la formule qui s’est enracinée dans le sens et a poussé des feuilles, el suscilé un mode de penser, des catégories nouvelles. Nalurellement, la plupart des expressions nouvelles ne donnent que du bois mort el encombrant,
mais commen savoir à l'avance si un changement de vocabulaire renouvellera vraiment el ulilement nos concepls ?
AVANT-PROPOS vil
Par ailleurs, l'extension des concepts n'esi pas homogène el n’a pas lieu dans le même plan, si bien qu’il ne sufjit pas de juxtaposer des sens. En logique, par exemple, il n’est pas facile de situer les unes par rapport aux autres des notions qui relèvent lantôl du calcul formel, lantél de la pensée nalurelle el inluilive : ainsi celles de syllogisme, de démonsiralion, etc. Il y a des contextes différents et pourlant solidaires, et qui plus esl nous avons reconnu l’équivoque du conlexte « classique ».
En ce qui louche la langue philosophique contemporaine, l'embarras n’esl pas moindre, chaque auleur ayani sa langue, ou son jargon, qui ne soni d’ailleurs pas loujours parfaitement cohérents. En bien des cas, il n’y a pas d'usage commun des lermes. Or, on ne peut pas raisonnablement faire le Vocabulaire des quelques écrivains les plus connus actuellement, mais dont on ne sail jusqu'à quel point ils s’imposeront durablement. Souvent, devani l'ambiguïté des tlexles, même les spécialistes ont lendance, quand on les consulle, à ne pas se compromettre par une définition franche, qui supposerail d'ailleurs la connaissance d’un contexle général, el à proposer simplement une ou plusieurs phrases où le terme figure. Mais c’esl juslement pour les comprendre qu’on voudrait une définilion !
À cel égard, le Dictionnaire de la langue philosophique de F'oulquié et Saint-Jean apporle un excellent complément à celui de A. Lalande el les cilations qu’il réunit éclairent souvent par leur rapprochement. De même en ce qui louche les lermes d’origine scolaslique qu'ulilisent parfois des auleurs non théologiens, el parfois en des sens non traditionnels.
Quant aux allégements, ils posent un problème délicat. Sauf des cas rares, el généralement lardifs, aucune des gloses ou des remarques n'est dépourvue de compétence ou d’intérél, et il est bien difficile par ailleurs de séparer les observations les plus célèbres, comme celles de Lachelier, de Bergson, de Blondel, eic., des autres remarques auxquelles elles s’articulent el font écho, même lorsque celles-ci sont signées de noms à tort ou à raison quelque peu oubliés. Enfin, l’ensemble de ces discussions, dans un groupe de penseurs d'une valeur au lotal exceptionnelle, constitue une sorle de témoi- gnage historique, d'image d’une société d’esprits qu'il n’esl ni aisé ni peut-être désirable de rogner ou de mutiler. La chose serait plus facile el mieux juslifiée pour cerlaines inlerventions plus récentes, mais elle pose un petit problème de susceplibilités individuelles et surlout, dans bien des cas, ces commenlaires, accompagnés de références évidemment épisodiques, sont insiruclifs el
suggestifs, même s'ils alourdissent ou déséquilibrent un peu l’ensemble de l'ouvrage.
Voild pourquoi celle nouvelle édition se contente d’élagayges, de remanie- mens, de mises au poinl de détail. Le Supplémenil el l'A ppendice ont été fondus
vus AVANT-PROPOS
ensemble el enrichis d'un cerlain nombre de lermes nouveaux (1), annoncés par un renvoi dans le corps de l'ouvrage, auquel ils seront ullérieuremeni intégrés. Dans le nouveau supplément ainsi conslilué, on a éliminé cerlaines gloses inuliles ou périmées, on a corrigé un cerlain nombre d'articles. Peul-étre ces perfeclionnements progressifs valenl-ils mieux que de refondre lolalement un ouvrage qui a fail ses preuves el a une signification hislorique el comme organique.
Des problèmes mineurs se posaient. Doil-on, par exemple, menlionner pour les lermes nouveaux la iraduclion en Ido, à une époque où la langue arlificielle inlernalionale n'a pas conquis beaucoup de fidèles; doil-on inversement supprimer l'indicalion correspondante là où elle élail déjà donnée ? Il y avail là à la fois une queslion d'opporlunilé objeclive el une queslion de fidélité à la pensée des inilialeurs. On s'esl contenlé de laisser ce qui élail fail.
Îl resle à remercier chaleureusement M. Roger Marlin, professeur à la Sorbonne, el M. J. Largeaull, allaché de recherches au C.N.R.S., d qui l'on doit la plupart des amélioralions apporlées au lexle. Ainsi se trouve quelque peu rajeunie l'œuvre à laquelle s'esl lanl dévoué noire vieux maîlre André Lalande, que nous ne saurions séparer de l’admirable équipe qui, aulour de lui el de Xavier Léon, nous a donné l'exemple d'un efforl commun, palient el désinléressé vers la double reclilude du langage el de la pensée.
René POIRIER,
Membre de l’Institut, Professeur à la Sorbonne.
(1) En voici la liste :
Anamnèse, anléprédicatif, apophalique, calégoriel, cogilalive, connalurel, construclivilé, conluilion, doxique, dulie, ek-slase, élicile, empirie, englobants, en soi-pour soi, enlilalif, époché, eslimalive, élant-exislant, exislenlial, exlrincésisme, feed-back, fonclionnalisme, formaliser, fulurible, gnosie, hormè, hylè, idiologie, idonéisme, information, insighi, isomor- phisme, kerygme, lülrie, manisme, malérial, narcissisme, noème, pallern, performalif, poly- genèse, prazie, prazis, préréflexif, procès, projeclif, slochaslique, stress, symélrie, luliorisme, typologie. valide (en nn deuxième sens).
PRÉFACE
AUX ÉDITIONS PRÉCÉDENTES
Le Vocabulaire de la Société française de Philosophie est un curieux exemple de ce qu’on a nommé l’hétérogonie des fins. Le but originel de ce travail était fort étroitement déterminé, comme on peut le voir par l'article : Le langage philosophique et l'unité de la philosophie, dans la Revue de Mélaphysique et de Morale ile septembre 1898, par les Proposi- tions sur l'emploi de certains termes philosophiques (Bullelin de la Sociélé, séance du 23 mai 1901) et par la discussion dans la séance du 29 mai 1902. Il s'agissait de mettre les philosophes d'accord — autant que possible — sur ce qu’ils entendent par les mots, du moins les philosophes de profession : premièrement, parce que tout accord véritable — je veux dire celui qui n’est pas l'effet d'une suggestion, d'une tromperie, ou d’une contrainte autoritaire — vaut mieux en soi que les discordances ou les équivoques ; ensuite parce que leurs contradictions, sujet traditionnel de plaisanteries, sont en grande partie verbales, et peuvent être souvent résolues dès qu’on s'en avise. C'était l'opinion de Descartes : « Si de verborum significatione inter Philosophos semper conveniret, disait-il, fere omnes illorum contro- versiae tollerenturt. » — « C’est le plus souvent sur les mots que disputent les philosophes, écrivait de même Gassendi : quant au fond des choses, il y a au contraire une grande harmonie entre les thèses les plus impor- tantes et les plus célèbres?. » — « Je suis tenté de croire, disait Locke, résumé par Leibniz, que si l’on examinait plus à fond les imperfections du langage, la plus grande partie des disputes tomberaient d'’elles-mêmes et que le chemin de la connaissance, et peut-être de la paix, serait plus ouvert aux hommes. — Je crois même, ajoutait Théophile, qu’on en pourrait venir à bout dès à présent dans les discussions par écrit si les hommes voulaient convenir de certains règlements, et les exécuter avec
A —
. 1: « 8i l'on se mettait toujours d' j rl Te re pr) le sous des mots, presque toutes leurs controverses
LALANDE. — VOCAB. PEIL. 2
x PRÉFACE
soin!, » Il serait facile de multiplier les témoignages de cette expérience, et nous en avons encore eu de nos jours bien des exemples®.
Mais la nature humaine est aussi faite d’une certaine impatience de l'ordre et de la similitude — impatience bien légitime, courageuse même, quand il s’agit de se défendre contre un conformisme imposé, ou contre l'acceptation moutonnière de ce qui se répète sans critique ; — désastreuse quand il s’agit d’un goût de contradiction et de quant à soi, voire même d’impérialisme. « L'état de la moralité scientifique, écrivait Renouvier, ne me paraît pas assez avancé chez les philosophes pour qu'ils puissent utilement délibérer en commun, afin d'arrêter la nomenclature la plus propre à empêcher leurs débats de s’égarer, et à rendre leurs doctrines mutuellement communicables. Les termes les plus importants sont du domaine public, et chacun en revendique le bénéfice avec le droit de leur attacher leur « vrai » sens, que d’autres estiment faux... Nul n’est disposé à faire les sacrifices qu’exigerait l’impartialité du langage. » Nous avons fait quelques progrès ; nous avons réuni des Congrès de Philosophie, qu'il ne croyait pas réalisables : mais on ne peut dire que cette « moralité » se soit nettement élevée. Il est si tentant de garder aux mots, avec ténacité, le sens qu’on leur a d’abord attribué par quelque méprise accidentelle, ou même qu'on s’est plu à leur conférer d'autorité, sous prétexte qu’ « on est bien libre d'adopter les définitions que l’on veut ! »
On peut même se demander si l’existence d’un effort commun pour fixer et adopter un usage bien défini des termes ne pique pas au jeu certains esprits, et n’excite pas chez eux le goût de leur donner malicieu- sement un autre sens, de le faire supporter, et même de le répandre. L'’excellent logicien Ch. L. Dodgson (plus connu sous le pseudonyme de Lewis Carroll, et comme l’auteur d'Alice au pays des merveilles) imagine dans un de ses ouvrages une conversation entre son héroïne et l’irascible Humpty Dumpty : « Quand j’emploie un mot, dit le petit gnome d’un ton assez méprisant, il signifie précisément ce qu'il me plaît de lui faire signifier. Rien de moins, rien de plus. — La question, répond Alice, est de savoir s’il est possible de faire signifier à un même mot des tas de choses différentes. — La question, réplique Humpty Dumpty, c’est de savoir qui sera le maître. Un point, c’est tout?. » Adler a probablement pris des complexes humains une vue plus pénétrante que celle de Freud.
Je me rappelle qu'un savant de grand mérite, et très parisien, me disait il y a une quarantaine d'années : « Moi, quand je vois quelque part Enirée interdite, c’est par là que je passe. » Il est vrai qu'il s'agissait des petites
1. Essai et Nouveaux Essais, III 1x, 19. — 2. Voir Rd semblables chez BeRK&LEY, Hylas et Phüonoüs, Dialogue 11; chez D'ALemBer, Dücours préliminaire, $ 50; SCHOPENRAUER, Kritik der kantischen Philosophie Grisebach, E) ; Rosani, Leticra eulla lingua filosofica, dans Introdusion alla félosofia, 404: ete. — 3. Througk th looking glass, bols à Claselos, 246.
PRÉFACE x!
choses de la vie ; il se gardait bien d'appliquer cette maxime à la science qu'il professait, et où il était un maitre : un de ses étudiants eût été fort mal reçu à dire « poids » pour « densité », ou « force » pour « énergie ». Les philosophes de même tournure d’esprit ont souvent moins de prudence : et ce n’est pas au profit de leur bonne réputation dans le cercle des travailleurs intellectuels.
Mais lorsqu'on pense d’une manière originale, il faut bien aussi se faire une langue à soi? — Rien de plus contestable. « Chez beaucoup d’entre nous, disait W. James, l'originalité foisonne au point que personne d'autre ne peut nous comprendre. Voir les choses d’une façon terriblement particulière n’est pas une grande rareté. Ce qui est rare, c'est qu'à cette vision individuelle s'ajoute une grande lucidité d'esprit et une possession exceptionnelle de tous les moyens classiques d'exprimer sa pensée. Les ressources de Bergson en matière d’érudition sont remarquables, et, en matière d'expression, tout simplement merveilleusest, »
Quand on dit d’un esprit qu'il est original, on entend suivant le cas deux choses bien différentes : l’une est une qualité voisine du génie ; l’autre, un défaut d'esprit qui touche à la sottise. Par la première, on invente des formes d'art ou d’action nouvelles, on aperçoit le premier des vérités encore inconnues, mais qui trouveront plus ou moins vite un écho, sans intérêt individuel et sans violence, à travers plusieurs générations, voire même qui resteront acquises tant que s'exercera l’hérédité sociale. Telle fut l'originalité de Socrate découvrant l'analyse des concepts moraux, de Newton formulant la loi de la gravitation, de Wagner élargissant les règles de l'harmonie. — Par la seconde, on se différencie également de la masse au milieu de laquelle on vit ; mais c’est par des divergences sans valeur, ou même de valeur négative. On se singularise, on se fait remarquer ; mais on n'apporte rien au développement des connaissances, de la richesse esthétique ou de la personnalité humaine. Souvent même c’est à leur détriment qu'on se met en vedette. De cette originalité-là, il est plus difficile de citer de grands exemples : car elle disparaît en général sans rien laisser. Il faut songer à certains individus que l’on a connus soi-même. On peut cependant rappeler un Erostrate, un Caligula ; on pourrait y joindre l'originalité des conquérants glorieux ou celle des criminels célèbres ; dans la littérature, les obscuristes de la décadence latine, ou le nsOtsme: ; en morale, la doctrine de Gorgias, ou celle des Frères du Libre-Esprit. S’élever au-dessus de la raison consli- luée, telle qu’elle existe dans le milieu et à l’époque où l’on vit, la modifier au nom et dans le sens de la raison constituante ; ou bien au contraire descendre au-dessous des normes acquises, s'en écarter par perversion
L. À pluralislic universe, 226-227.
x1! PRÉFACE
ou par snobisme, c'est également se différencier. Mais les uns se séparent en éclaireurs, pour frayer la route ; les autres s’égaillent, ou retournent en arrière.
L'une et l’autre forme d'’altérité se rencontrent dans la formation et dans l'emploi du langage philosophique.
En affermir, en augmenter la valeur intermentale était donc l’objet primitif du présent ouvrage. Mais très vite s’est greffée là-dessus une fonc- tion à laquelle nous n'avions pas songé tout d’abord, et qui a pris peu à peu une grande place. L'étude critique du langage de la philosophie s’est trouvée très utile aux étudiants, aux jeunes professeurs, aux lecteurs divers que préoccupent les questions de cet ordre. Souvent, ils avaient peine à découvrir le sens exact des termes traditionnels, et ses variétés, ou faisaient fausse route en croyant les comprendre. Le Vocabulaire, commencé en vue du thème, a servi surtout à la version. Aussi, dès la publication des premiers fascicules, les lecteurs ont-ils réclamé de plus en plus des explications détaillées, souvent même des renseignements historiques, bibliographiques, encyclopédiques, que les initiateurs de ce travail n'avaient pas eu l'intention de leur apporter. Car si l’on avait voulu faire, ainsi que J. M. Baldwin, « un Dictionnaire pour les philo- sophes » il aurait fallu y insérer, comme lui, des planches anatomiques représentant les organes des sens, la biographie des philosophes connus, un résumé de leur doctrine, y joindre un exposé des hypothèses sur la constitution de l'atome, ou des critiques modernes du transformisme. Peut-être n'avons-nous que trop suivi cette impulsion, et surtout d’une manière inégale, selon que les membres ou les correspondants de la société nous adressaient tel ou tel renseignement, et nous engageaient à le publier. Nous avons même dû, et de plus en plus, aller au devant de ces desiderata, à la fois pour éviter un trop grand disparate, et pour ne pas attendre que telle ou telle indication documentaire nous fôt réclamée sur les cahiers d'épreuves. Mais nous en avons été si souvent remerciés par nos lecteurs que si, du point de vue esthétique, nous souffrons un peu de ce manque d'équilibre, nous ne pouvons guère nous repentir de l’avoir accepté.
C'est également sur l’insistance de plusieurs membres de la Société que nous avons indiqué sommairement, à côté de chaque terme français, des équivalents étrangers correspondant — plus ou moins approxima- tivement — à ses diverses acceptions. Comme nous l’avions fait remarquer dès l'origine, l'indication de ces équivalences ne pouvait être complète : et certains critiques qui ont relevé sévèrement ces incomplétudes, sans tenir compte de nos réserves, nous ont fait regretter de n'avoir pas refusé carrément d’entrer dans cette voie et de ne pas nous en être tenus, comme l'annonçait notre avertissement initial, soit aux termes empruntés à une
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langue étrangère, soit aux termes déjà internationaux, soit à ceux dont l'équivalence est universellement établie par l'usage des traductions, et de l’enseignement, comme Mind pour Esprit ou Vernun/l pour raison. Mais lit-on les Avertissements ? Il est trop évident que nous ne pouvions songer à faire à nous seuls un vocabulaire franco-italien-anglo-allemand. Nous n'avons donc pu qu'amorcer un travail international de critique sémantique auquel nous avions déjà convié les philosophes des autres pays!. La même raison nous a décidés à supprimer les index de termes étrangers que l'éditeur avait ajoutés dans la seconde édition, et qui ont donné lieu à tant de malentendus, malgré précautions et réserves, qu'il nous a paru préférable de trancher dans le vif.
Nous n'avons pas visé, dans cet ouvrage, à donner des définilions consiruclives, comme celles d’un système hypothético-déductif, mais des définilions sémanliques, propres à éclairer le sens, ou les différents sens d'un terme, et à écarter autant que possible les erreurs, confusions ou sophismes. Pas plus en cela qu'ailleurs on ne peut partir de rien ; quand on y prétend, on n'aboutit qu'à n'avoir pas conscience de ce dont on part. La philosophie sans présupposition est une des formes de ce que Schopenhauer appelait, non sans raison, le charlatanisme philosophique. A plus forte raison le but d'un travail de ce genre n'est-il pas de créer ex nihilo le sens des mots, ni même de constituer décisoirement un jeu de termes dont un certain nombre seraient adoptés comme indéfinissables, et les autres construits à partir de ceux-là. On ne doit donc pas traiter ces définitions comme des principes formels, sur lesquels on a le droit de raisonner mathématiquement, mais comme des explications, où peuvent se rencontrer des répétitions de mots, quand elles ne risquent pas de laisser l'esprit dans l’indétermination. Respice finem, aimait à dire Leibniz : la fin, ici, n'est en aucune manière de constituer une axioma- tique, mais de faire connaître des réalités linguistiques, et de prévenir des malentendus.
Une autre illusion s'est manifestée au cours des discussions qui ont préparé la constitution de ce vocabulaire. Elle se rattache, elle aussi, à la méconnaissance de la sémantique : car les vérités de cet ordre sont encore loin de s'être incorporées, comme celles de la physique élémentaire, à la mentalité courante des philosophes. C’est la croyance naturelle qu'il existe une correspondance régulière entre les mots et les choses, et notam- ment que chaque mot, s'il a plusieurs acceptions, possède du moins toujours un sens central, générique, dont les autres ne sont que des applications particulières, un sens privilégié, que la critique philosophique
1. Congrès international de 1900, Comptes rendus du Cmgrés, I, 277. — Cf. ci-dessus, p. x1x et XxI11.
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XIV PRÉFACE
se doit de retrouver. Il y a là une confiance dans la sagesse du langage qui rappellerait celle du Cralyle — si le Cralyle n’est pas un chapelet de plaisanterics ironiques, à la manière des parodies du Banquel. — On verra, dans plusieurs des « Observations » ci-dessous, la recherche de cette unité secrète qui justifierait pour la raison les emplois les plus divers d'un même mot.
Certes, l’univocité est un idéal auquel tend le langage spontanément, quoique d’une façon fort irrégulière ; et il y a grande tentation, en toute matière, d'affirmer comme un fait ce dont on sent fortement la valeur normative : « Tous les hommes naissent libres, et égaux en droits. » Mais malheureusement nous en sommes loin, en linguistique comme en poli- tique ; et la tendance, pour réelle qu’elle soit, est contrecarrée par bien des accidents. Il suffit d'ouvrir l'Essai de sémantique de Bréal, ou Le Langage de Vendryes pour savoir qu'en fait les mots changent de sens par les déviations les plus variées ; souvent, il est vrai, par spécification, mais parfois aussi par cheminement de proche en proche, ou par rayon- nement autour de plusieurs centres successifs ; quelquefois même, par suite de méprises dues à leur Laulbild, ou à leur ressemblance avec un autre mot de forme voisine. Il scrait absurde de chercher quel est le «vrai » sens de panier, d’abord corbeille à pain, puis récipient quelconque en vannerie; puis ustensile analogue, même en fil de fer ; puis support en baleines pour les jupes, et plus tard simple décor d’étoffe rapporté sur celles-ci, sans parler de la caisse de bois suspendue sous un fourgon. Et quel est le « sens fort » de bureau, étoffe de bure, table à écrire, pièce administrative, personnel qui l’occupe, état-major d’une société ?
Si regrettable que ce soit, il n’en va guère autrement des termes philosophiques : ils se sont souvent déplacés, eux aussi, au hasard d'’acci- dents historiques, quoique plus subtils. Objeclif est pris couramment, de nos jours, pour désigner juste l'inverse de ce qu'il représentait pour Descartes : et son usage le plus recommandable diffère à la fois de l’un et de l’autre. Anomalie a pris par contre-sens la valeur de caractère ou de fait anormal : on ne serait plus compris en lui donnant son sens étymo- logique*. La fin, borne, cessation ou mort, est bien loin de la fin en tant que but : on sait pourquoi, mais la transformation n’en est pas moins captieusc. Les deux idées d'induclion-conjecture et d’inductlion-passage à un degré supérieur de généralité s'unissent ou se séparent suivant les circonstances, au grand profit des malentendus et des discussions inutiles. Et c'est pourquoi il est bien vain de chercher comme Descartes une défi-
1. Voirles« Observations » sur Amour, Lai, Nature, Obligation, Signe, Universalite, eto. Auguste Comte, malgré la profonceur de son esprit, a fait plu d'une fois l’apologie des « admirables équivoques » des « heureuses ambiguités » que présentent certains termes (Catéchisme positinise, 2e entretien; Poli. posit., I, 108, eto. — 2. Et par un sin-
gulier paradoxe, le mot même d'éfymologie voulait dire, « étymologiquement » non pas du tout sens originel, mais vrai sens, sens authentiqua
PRÉFACE XV
nition soi-disant générale de l'amour, qui puisse justifier à la fois l’expres- sion : l'amour de l’humanité, et l’expression : faire l'amour.
Les sens d’un mot ne sont pas les valeurs d’une variable indéterminée dont nous pourrions disposer à notre gré. C’est une réalité, qui, pour n'être pas matérielle, au sens précis du terme, n’en possède pas moins la consis- tance parfois très dure que présentent certains faits sociaux. Les mots sont des choses, et des choses fort actives ; ils sont « en nous sans nous »: ils ont une existence et une nature qui ne dépendent pas de notre volonté, des propriétés cachées même à ceux qui les prononcent ou les comprennent. Que l’on songe au halo d’évocations, tantôt intenses, tantôt à peine conscientes que l’histoire de chaque mot, même inconnue, fait vibrer si fréquemment autour de lui. Il] y a des mots nobles, comme idéalisme ; naïfs, comme progrès ; distingués, comme dialectique ; imposants, comme médiation ; démodés, comme vertu. Le gouvernement de quelques-uns, disait déjà Aristote, on l'appelle arislocralie quand on pense qu'ils usent du pouvoir pour le bien public, oligarchie, quand on les accuse de r’en user qu’à leur profit. Cet import change sans doute d’une époque à l’autre: témoin le titre amusant et justifié d'Ernest Seillière, De la Déesse Nature à la Déesse Vie. Mais tant qu'il dure, rien de plus commode pour batailler et pour se donner l'air d’avoir le sens commun de son côté. Aussi chacun cherche-t-il à s'emparer des mots émouvants, ou sympathiques, ou à la mode, de ceux qui ont un reflet de profondeur ou d’autorité.
S'efforcer d'amener les sous-entendus de ce genre à la pleine conscience est la seule catharsis qui puisse combattre la résistance qu'ils opposent à la vérité. On ne tombe jamais plus complètement dans le verbalisme que lorsqu'on affecte de ne pas s'occuper des mots et de se mouvoir immatériellement dans la pensée pure. L'unique moyen de ne pas en être
victime est de les prendre sans fausse délicatesse pour objet immédiat de son enquête et de sa critique.
Mais il ne faut pas oublier que si cette précaution est fondamentale, elle n’est pas la seule à prendre. Une autre vérité mise en lumière par la linguistique est que le langage ne se compose pas de mots, mais de phrases. La syntaxe philosophique demanderait donc non moins de surveillance que le vocabulaire : mais cette critique, jusqu’à présent, ne s’est guère exercée que d’une manière très accidentelle. Par exemple, un des péchés d'habitude des philosophes est le pseudo-raisonnement dont on trouve dans le sorite de Cyrano la parodie franchement bouffonnet. Les tran- Sitions : « On voit par là... Il en résulte que. On est ainsi conduit à
1.« Paris est la plus belle ville du monde ; ma rueestla plus belle rue de Paris ; ma maison est la plus belle maison
de la rue: ma chambre est la plus belle chambre de la maison : je suis le plus bel homme de ma chambre: je suis done le plus bel homme du monde. »
XVI PRÉFACE
admettre. » nous mènent doucement à de soi-disant conséquences qui ne s'appuient sur aucune nécessité. De grands esprits n’y ont pas échappé. J'ai quelquefois donné à des étudiants, comme exercice de logique, à prendre une proposition dans le quatrième ou le cinquième livre de l'Ethique et à reconstituer, en suivant les références de Spinoza lui- même, la chaîne des démonstrations qui est censée la relier aux axiomes, définitions et postulats initiaux. Ceux qui ont tenté de le faire ont vite rencontré tant de ruptures, d’indéterminations, de « petits bonds » et même de grands qu'ils en ont été amusés ou rebutés. L'Essai d'Hamelin saute fréquemment à une équivalence tout à fait arbitraire par les raccords : « Que serait-ce, sinon... ? » ou « Qu'est-ce à dire, sinon... ? » Et dans le fond, n'est-ce pas encore à peu près le même trope qu’on retrouve dans la brillante et célèbre formule : « Ce sont là de prodigieux fardeaux. Ce n’est pas trop de Dieu pour les porter ? »
Nous sourions aujourd’hui des mouvements d'éloquence que Cousin faisait passer pour des raisons ; mais toutes les époques ont leur rhétorique philosophique, qui, pour être différente, n’en est pas plus démonstrative : que l’on songe au foisonnement, chez nos contemporains, des formes de langage catégoriques ou méprisantes qui tiennent si souvent lieu d'arguments.
Un autre tour de style consiste à envelopper, dans une phrase qui sonne bien, une contradiction implicite. On est alors fort à l’aise pour en faire sortir ensuite les conséquences les plus variées et les plus intéres- santes, les unes vraies, les autres fausses, puisque le contradictoire implique n'importe quoi. Sans aller aussi loin, rien n'est malheureusement plus commun en philosophie que les phrases embrouillées ou vagues, devant lesquelles le lecteur un peu critique se demande avec perplexité : « Qu'est-ce que cela veut dire au juste ? » Elles ont deux grands avantages : l'un est de faire passer comme plausible, si l’on n’y regarde pas de trop près, une idée qu’on utilisera par la suite, mais dont l'arbitraire ou la fausse généralité sauteraient aux yeux sans le brouillard discret qui en estompait les contours. — Le second bénéfice de l’obscur ou de l’insolite, c'est d'offrir à des esprits divers l’occasion d'v projeter des pensées différentes : ainsi les uns et les autres se sauront gré de ce qu'ils y mettent, et sauront gré à l’auteur d’être ainsi d'accord avec eux. Le petit effort que suscite cette projection donne un agréable sentiment de profondeur, de même qu'une plaisanterie en langue étrangère, quand on la comprend, en paraît bien plus savoureuse. Léonard de Vinci recommandait aux jeunes gens de regarder à quelque distance un vieux mur crevassé, où ils apercevraient au bout d'un moment des paysages, des foules, des mouvements hardis, des raccourcis vigoureux et imprévus. Paul Signac, si je m'en souviens bien, avait photographié un fond de casserole tout
PRÉFACE xvII
incrusté de suie, et faisait admirer à ses amis tout ce qu’on pouvait y voir avec un peu d'imagination.
Mais ce n’est pas ici le lieu d'essayer un inventaire de ces maladresses ou de ces habiletés de langage. qui dépassent la simple ambiguïté des termes. Il s'agissait seulement d'en marquer la place. Les Sophismes d'Aristote, les Essais et les Nouveaux Essais, les Logiques de Port-Royal, de J.S. Mill, de H. A. Aikins en ont relevé de bons échantillons ; mais il reste beaucoup à faire sur ce terrain, et ce ne serait pas un travail stérile. C'est en poussant à fond la critique du langage, et sous toutes ses formes, qu'on peut savoir vraiment ce qu’on pense, se désencombrer de ce qui n’a point de signification réalisable, comprendre ce qu'on lit sans glisser des idées préconçues à la place de celles que voulair exprimer l'auteur, et réduire ainsi la part de ce qui reste toujours incertain dans cet, acte, si immédiat en apparence, si complexe et si difficile en réalité : la trans- mission d’une idée d’un cerveau à l’autre. Et cependant telle est la condition nécessaire d’une communauté mentale, sans laquelle il n’y a pas de vérité.
“Mais cette communauté, qui, pour être réelle, exige des notions bien éclaircies ct des expressions précises, est-elle souhaitable ? On l’a mis en doute. Un certain degré d'indécision et d'obscurité passe, chez bien des individus, pour un climat très favorable à la pensée. Rappelez-vous, dit-on, ce qu'a écrit si justement M. Édouard Le Roy : « L'invention s’accomplit dans le nuageux, l’obscur, l’inintelligible, presque le contra- dictoire. C’est dans ces régions de crépuscule et de rêve que naît la certitude. Un souci malencontreux de rigueur et de précision -stérilise plus sûrement que n'importe quel manque de méthode!. » Rien de plus exact. Mais c'est un grossier sophisme — et l’auteur l’a dénoncé lui- même — que de transporter à l'œuvre faite, au livre, à la vérification des idées par leur comparaison, ce qui n’est vrai que de la pensée naissante et de l'invention. Les os ont été d’abord des tissus presque amorphes, puis des cartilages flexibles : mais le corps resterait dans un état d'infan- tilisme pathologique si la charpente n’en prenait assez tôt la rigidité nécessaire à l’action. Faire l'apologie du vague, de l’incertain, de l’équi- voque, c'est raisonner a diclo secundum quid ad diclum simpliciler. Certainement, les obscurités sont fécondes, mais c’est par le travail qu’elles provoquent pour les dissiper ; les contradictions sont excellentes à dégager, mais c'est parce qu'elles irritent un esprit actif, et suscitent l’effort qui les surmontera. En dehors de ce moment dialectique, nul
1. La logique de l'invention, Revue de Métaphysique el de Moral, 1905, 195-197. Cf. La pensée intuitive, IL: Irrvontion et vérification. »
XVIII PRÉFACE
bénéfice. Ce sont des conditions de passage et non des valeurs en soi. S'y installer avec complaisance, c’est allumer du feu, et n'y rien faire chauffer.
Trop de philosophes, ou soi-disant tels, y ont du penchant, soit par intérêt, soit par goût. Les uns se dissimulent la vétusté, ou l’insignifiance de ce qu’ils aperçoivent, sous une obscurité verbale qui leur donne l'illusion de la profondeur ; et leurs lecteurs la partagent, s'ils ne sont pas prémunis contre cet effet d'optique ; il est si rare d’oser crier : le roi est tout nu ! — D’autres, plus artistes, aiment les lueurs crépusculaires pour ce qu’elles prêtent à imaginer : ils changent, comme disait Kant, la pensée en un jeu, et la philosophie en philocloxie. Mais l'obstacle numéro un à la recherche de la lumière, c’est bien probablement la volonté de puissance, le désir d’exhiber ses virtuosités, ou de se ménager un abri contre des objections trop évidentes. La vérité est une limite, une norme supérieure aux individus ; et la plupart d’entre eux nourrissent une animosité secrète contre son pouvoir. Nous touchons ici à l’un des faits les plus primitifs, même dans l’ordre intellectuel et moral : la lutte de l'autre contre le même, le faux idéal de la domination, individuelle ou collective, contre la communauté spirituelle et la paix. Cette anti-philosophie combative et biomorphique a ravagé l'Europe au nom du prétendu droit de chaque État de rester souverain, et d'occuper tout son espace vital. C’est à peine si les hommes la pratiquent moins que les gouvernements. Elle est toujours prête à miner subtilement ou à attaquer par la force le pro- gramme de la raison, c'est-à-dire le libre accord pour la vie, et le libre accord dans la pensée. Travailler au contraire à maintenir celui-ci a été l'objet premier de ce travail ; et malgré ses utilisations accessoires, il nous semble bien qu’il en reste encore le principal intérêt.
André LALANDE.
AVERTISSEMENT
DE LA DEUXIÈME ÉDITION
L'idée de cet ouvrage, et de la méthode à suivre pour le constituer, ont été esquissées d’abord dans un article de M. André Lalande sur : Le langage philo- sophique et l'unité de la philosophie (Revue de Métaphysique et de morale, sep- tembre 1898), puis dans une communication faite par lui au Congrès international de philosophie de 1900 : Sur la critique et la fixation du langage philosophique. L'auteur y proposait d’instituer dans les divers pays qui prenaient part au Congrès des groupes d’études spécialement consacrés à ce genre de travail. La fondation de la « Société française de philosophie », en 1901, résulta d’une fusion entre ce projet et un projet similaire de M. Xavier Léon, qui visait surtout à prolonger les heureux résultats du Congrès en permettant, entre savants et philosophes, un échange d'idées actif et fréquent. C’est ainsi que le présent Vocabulaire fut inauguré sous le patronage et avec l'appui matériel et intellectuel de la Société, et parut par fascicules dans son Bulletin, de juillet 1902 à juillet 1923. On en donne ici une nouvelle édition, révisée, corrigée ou complétée sur bien des points, et aug- mentée d’un Supplément.
Établir en première rédaction le texte de l'ouvrage, par sections d’une cinquan- taine de pages en moyenne, l’imprimer sous la forme d’un « cahier d'épreuves » à grandes marges, de manière à permettre de l’annoter facilement ; lecommuniquer, en cet état, aux membres de la Société et à un certain nombre de correspondants français et étrangers qui s'intéressaient à cette entreprise ; recueillir et comparer leurs critiques, leurs additions, leurs observations ; conserver dans le texte définitif tout ce qui avait été admis sans conteste, ou du moins par la presque unanimité des lecteurs ; soumettre à la Société de philosophie, dans une ou deux séances annuelles, les points les plus litigieux, y provoquer une nouvelle discussion et, dans la mesure du possible, l'expression d’un jugement commun, — enfin colla- tionner le tout, en tirer une rédaction définitive du texte, reproduire, sous forme de notes courantes au bas des pages, les opinions personnelles et divergentes, les réflexions échangées en séance, les remarques complémentaires qui ne trouvaient pas leur place naturelle dans le corps même des articles ; — tel a été, dans ses grandes lignes, l’ordre suivi pour constituer cet ouvrage.
Le texte des deux premiers fascicules, contenant la lettre A, avait été élaboré par M. Lalande, sauf pour les articles concernant les termes de logique, qui étaient dus à M. Couturat. Une première révision en avait été faite en commun par l’un et l’autre, avec le concours de AM. Delbos ; et tous les trois avaient encore relu avant l'impression le texte définitif, rédigé par M. Lalande après dépouillement et comparaison des observations, d’ailleurs peu nombreuses, qu'avait provoquées ce premier essai.
Il en fut à peu près de même pour les quatre lettres suivantes, de B à E, sice n’est que M. Delbos, absorbé par son grand travail sur La philosophie pratique de Kant, ne put continuer à prendre part aux séances de révision préliminaire.
xx AVERTISSEMENT
Il donna seulement, en 1906, pour l’article Fin, la note qu’on y trouvera sur l'expression « Règne des Fins ». En revanche M. Gustave Belot voulut bien apporter son concours à la préparation des cahiers d’épreuves en y rédigeant les articles Charité, Chose, Clan, Clinamen, Croyance, Cynisme ; Démiurge, Devoir, Dualisme ; il collabora aussi avec M. Lalande aux articles Certitude, Commutative (Justice), et Égoïsme ; — M. Victor Egger fournit des notes en vue de Déterminisme, Droit, Introspection ; — à M. Élie Halévy était due la première rédaction d’ Économie politique.
A partir de 1906, c’est-à-dire après la publication du fascicule contenant la lettre E, M. Couturat dut renoncer à son tour à la préparation des cahiers d'épreuves : il se consacrait de plus en plus à son infatigable campagne pour l'adoption d’une langue auxiliaire internationale, et pour le perfectionnement de l’'Esperanto, qui devait aboutir à la création de l’Ido, et absorber presque exclu- sivement, pendant ses huit dernières années, son admirable activité intellectuelle. Cependant il avait préparé d'avance, en tout ou en partie, une douzaine d’articles de logique pour la lettre F, et deux pour la lettre G. Il remit ces notes à M. Lalande, avec la permission d’en user à son gré. Quelques-unes purent être insérées sans changement ; toutes fournirent d’utiles matériaux pour l’établissement du texte. Mais surtout, en cessant de prendre part à la rédaction des fascicules, M. Couturat ne cessa pas de s’intéresser activement au progrès de l’ouvrage, d’y aider par d’utiles conseils toutes les fois qu’on avait recours à lui, d’en reviser les épreuves avec le soin, la science et la lucidité d’esprit qu’il apportait à tout son travail, enfin de choisir jusqu’à sa mort les radicaux internationaux les plus propres à représenter dans une langue artificielle, les termes philosophiques et leurs diffé- rentes acceptions. Après le tragique accident qui vint arrêter son œuvre, en 1914, c'est encore grâce à ses recherches linguistiques qu’a pu être poursuivie cette nomenclature : on a toujours consulté, pour l’établir, le grand Dictionnaire Français-Ido qu’il avait composé avec M. de Beaufront, et qui a paru à la librairie Chaix en 1915.
À partir dela lettre F, M. Lalande a donc continué seul à assurer la rédaction des cahiers d'épreuves, leur envoi aux correspondants étrangers, le dépouillement des réponses, la préparation des séances de discussion, l’établissement et la correc- tion des fascicules définitifs. Tout ce qui n’est pas signé ou ce qui, dans les obser- vations, est signé seulement A. L., est de lui ; on trouvera en note, pour chaque article, l’indication des cas où son texte primitif a été remanié ou complété d’après les critiques ou les notes de tel ou tel collaborateur.
Parmi ceux-ci, un témoignage tout particulier de reconnaissance est dû à M. Jules Lachelier. Ce maître si profond, si sûr, sachant tant de choses et les sachant si bien, a fait bénéficier ce travail, tant qu’il a vécu, d’une révision critique inestimable. Malgré le mauvais état de ses yeux, il n’a jamais manqué de lire, de corriger et d’annoter d’un bout à l’autre chacun des cahiers d'épreuves, avec une attention et une patience auxquelles nous devons une foule d’observations précieuses. Ses notes vont jusqu’au mot Spiritualisme : le peu de choses qu’il a publiées par ailleurs, la défense qu’il a faite d'imprimer après sa mort ses brouillons ou sa correspondance donnent d’autant plus de valeur à un apport dont il suffira de feuilleter ce livre pour mesurer l'utilité et l’étendue.
"+ Après l’impression de la lettre Z (Bulletin de la Société de philosophie,
février 1922), il a été fait une nouvelle rédaction très augmentée et très remaniée de la lettre À, qui n’avait été ni annotée ni composée de la même manière que les
AVERTISSEMENT XXI
suivantes. Elle a paru dansle Bulletin de la Société de philosophie de juillet 1923. C'est ce qui explique que dans la présente édition, où l’on a dû, pour des raisons trop faciles à comprendre, utiliser autant que possible des empreintes prises sur la composition des anciens Bulletins, la lettre A est exactement conforme dans sa typographie aux lettres F et suivantes, tandis que les lettres B-E présentent quelques petites différences dans l'emploi des caractères — différences assez minimes d’ailleurs pour n’apporter aucune gêne à ceux qui se serviront de l’ou- vrage, et peut-être même pour passer inaperçues de beaucoup d’entre eux.
Les textes allemands, anglais ou italiens cités dans le corps des articles sont traduits en note. Mais ici encore, il y a quelque irrégularité résultant de la longue période sur laquelle s’est échelonnée la composition de cet ouvrage. On trouvera donc ces traductions, pour les lettres B à H, avec les « observations » ; pour la lettre A, et à partir de la lettre I, au bas de la colonne où figure le texte, ce qui a paru plus commode : l’imprimeur ayant fait commencer régulièrement les « observations » sur un terme à la page même où commençait l’article correspon- dant, la première disposition forçait souvent à chercher la traduction assez loin du passage qu’elle accompagnait!.
I en est naturellement de même, et pour la même raison, des critiques, remarques ou commentaires des correspondants, ou des discussions engagées dans les séances de la Société, qui constituent ces observations. C'est ainsi par exemple qu’on trouvera au rez-de-chaussée de la page 17 un commentaire de M. Maurice Blondel sur ce qui est dit pages 18 et 19, au sujet de sa « Philosophie de l'Action »; p. 320-321, des observations de M. J. Lachelier qui s'appliquent à la « Critique » des pages 323-325 ; etc. — Ces petites discordances sont rares, et l’on s’est efforcé de les réduire dans cette nouvelle édition : cependant, il a paru nécessaire d’en avertir et de recommander à ceux qui consultent des articles d'une certaine longueur, de parcourir toutes les observations insérées sous la même rubrique, et non pas seulement ce qui se trouve à la page même qu'ils auront sous les yeux.
On s’étonnera peut-être, si l’on a l’occasion de comparer les fascicules du Bulletin et le présent ouvrage, de voir que certaines des observations, surtout dans les dernières lettres, sont plus ou moins modifiées : elles l’ont été à la demande de leurs auteurs eux-mêmes. Pour quelques-unes d’entre elles, la nouvelle rédac- tion, trop étendue pour trouver place dans le corps du Vocabulaire, a dû être reportée au supplément. — Celui-ci contient, également, outre un assez grand nombre d’articles nouveaux, ou d’additions aux articles anciens, les observations reçues après la publication des textes auxquels elles se rapportaient, et la repro- duction de quelques notes assez longues, qui avaient paru sous forme d’appendices dans certains numéros du Bulletin.
+
Avec un peu de complaisance, le vocabulaire philosophique pourrait être étendu à tous les mots dont usent non seulement la Logique, la Morale, l’Esthé- tique, et la Philosophie générale ou Métaphysique, mais encore la Psychologie et la Sociologie, et, par l'intermédiaire de celles-ci, à un grand nombre de termes appartenant à la biologie, à l’histoire, au droit, à la science économique. Il a donc fallu se limiter. En ce qui concerne les quatre premières divisions, c’est-à-dire la Philosophie générale et le groupe des sciences normatives fondamentales, qui
1. A partir de la sixième édition (1950), les traductions des textes de ces trois langues ont été mises uniformément tu bas des colonnes.
XXII AVERTISSEMENI
constituent vraiment le centre des études philosophiques, cette limitation n’a pas été sévère : on a même fait place à plusieurs termes de physique, qui se trouvaient étroitement liés à des questions cosmologiques, comme Énergie, Entropie, Force, Quanta… ainsi qu’à des termes de mathématiques qui touchent de près à des questions de logique ou d’épistémologie Analyse, Fonction, Hyperespace, Nombre, etc. La plupart des noms de sciences, tels qu’ Algèbre, Biologie, Géométrie, Histoire. sont également analysés dans ce travail, et pour des raisons de même nature. — Quant aux deux dernières divisions, on a cru devoir écarter tout ce qui, dans la psychologie ou la sociologie, concerne seulement des problèmes très spéciaux ou très périphériques de ces études elles-mêmes. Bien qu’on trouve dans certains dictionnaires philosophiques de la France ou de l’étranger des termes tels que Cellule, Faradisation, Myopie, Tympan, ou encore Apprentissage, Entre- preneur, Juridiction, etc.. nous avons jugé impossible d’aller jusque-là sans donner à ce travail, déjà bien long, des dimensions inacceptables, et sans nous engager dans une encyclopédie qui en ferait perdre de vue le but essentiel : étudier les termes dont le sens présente un intérêt philosophique, et dans la mesure du possible le préciser, ou du moins en marquer nettement les acceptions équivoques. Bien entendu, par conséquent, les termes de psychologie ou de sociologie qui répondent à ce programmefigurent ici à leur rang. Pour fixer les idées par quelques exemples positifs opposés aux exemples négatifs qui précèdent, on trouvera dans les pages suivantes : Achromatopsie, Aliénation, Agraphie, Amusie, Aphasie, Confusion mentale, Image consécutive... ; — Anarchie, Aristocratie, Capital et Capitalisme, Caste, Chrématistique, Clan, Démocratie, et beaucoup d’autres termes présentant le même caractère. Sans doute, la limite est impossible à tracer : plus d’un lecteur se demandera pourquoi tel mot a reçu droit de cité quand tel autre est absent. C’est le plus souvent en raison d’une différence dans l'intérêt philosophique qui s'y attache, ou quelquefois parce que l’un des deux prête spécialement à des équi- voques qu’il était utile de signaler. Mais il va de soi que ce sont là, pour une large part, des questions d'appréciation.
Nous avons laissé de côté certains sens non philosophiques des mots que nous analysions par ailleurs ; dans d’autres cas, nous les avons mentionnés. Il ne peut y avoir, à cet égard non plus, une règle générale et invariable. Nous avons tâché cependant de suivre à peu près celle-ci : quand la conscience sémantique de l’iden- tité du mot nous paraissait exister, nous en avons tenu compte ; quand elle nous semblait éteinte, nous avons omis ces homonymes!. Pour prendre des types extrêmes, il ne pouvait être question d’inscrire correspondance (échange de lettres) ; occasion (au sens d'objet à bon marché) ; ou encore logistique (au sens militaire : art de préparer les logements, bien que Poincaré se soit amusé à le rappeler). Mais il nous a semblé qu’il y avait lieu de mentionner image, au sens de représen- tation concrète, de dessin ; manie, au sens d'habitude ou de goût dominant et bizarre ; phénomène, au sens de fait surprenant, et bien des acceptions analogues.
En ce qui concerne l’histoire, ont été définis, sauf erreur ou omission, tous les termes qui peuvent se trouver encore sans explication dans des écrits contempo- rains. On n’a cité les acceptions historiques tombées en désuétude que dans la mesure où elles servaient à expliquer ou à justifier un usage actuel. Aller plus loin aurait été viser à faire, dans le premier cas, un dictionnaire d’histoire de la philosophie ; dans le second, un recueil d’études sur l’histoire de chaque terme : chose impossible, alors que, pour certains d’entre eux, cette histoire demanderait un volume. Il serait à souhaiter que des monographies de ce genre fussent entre-
1. M. Bally a appelé les mots de cette sorte « homonymes sémantiques » (décliner un nom, décliner une offre) par opposition aux homonymes proprement dits {lousr. de Incare ; louer, de laudare).
AVERTISSEMENT XXII
prises, au moins pour les termes les plus importants, sous une forme proprement philologique et sémantique, qui n’élargisse pas l’histoire précise du « mot » sous prétexte d’y faire entrer toute l’histoire de l’ « idée » : ce seraient de précieuses contributions à l’intelligence de la langue et par suite, des problèmes philoso- phiques, sous leurs formes plus anciennest, On s’est ici concentré, en règle générale, sur l’état présent du vocabulaire ; mais on trouvera souvent dans les « remarques » ou les « critiques » des indications propres à amorcer le travail plus étendu dont nous venons de parler.
Chaque tête d'article est suivie des équivalents étrangers les plus voisins en D. (Deutsch, allemand) ; E. (English, anglais) ; L (Italiano, italien). Ces initiales ont été rangées par ordre alphabétique, suivant l’usage des linguistes, sans vouloir marquer par là aucune préférence philosophique. Les équivalents grecs (G.) ou latins (L.) n’ont été donnés que lorsqu'il y avait des raisons spéciales de le faire. — Mais dans tous les cas, on n’a considéré en principe que le mot français, et l’on n’y a ajouté de définition ou de texte concernant les mots d’autres langues que lorsqu'il s’agissait, soit de termes empruntés à un original étranger, tels qu’Évolution où Noumène ; soit de termes déjà internationaux (il y en a un très grand nombre, encore que les acceptions de ceux-ci varient quelquefois singuliè- rement d’un pays à l’ autre)? ; soit enfin de termes dont l’équivalence est univer- sellement établie : c’est ainsi qu’on trouvera, à l’article Ame, les sens du mot dvyh dans l’aristotélisme ; à l’article Jntuition, des textes sur Anschauung ; à l'article Raison, les divers emplois philosophiques de Vernunft, etc.
CINQUIÈME ÉDITION
Tous les articles nouveaux et les additions aux articles anciens ont été révisés par M. E. Bréhier et M. D. Parodi. Ils l’ont été également, jusqu’à la page 900, par M. Ch. Serrus, dont la fin subite, en pleine activité intellectuelle, a été une grande perte pour la Société française de philosophie.
D’autres membres correspondants de la Société, trop nombreux pour être énumérés ici, ont contribué à la rédaction de tel ou tel de ces articles. On trouvera leur nom indiqué aux Observations correspondantes.
HUITIÈME ÉDITION
La présente édition, comme les précédentes, a été attentivement revue, retouchée sur quelques points de détail, et augmentée de divers articles ou obser- vations, qu’on trouvera dans le Supplément. Les renvois à celui-ci, qui n’étaient donnés antérieurement que dans certains cas, où ils avaient semblé plus parti-
a —
1. Ce travail a été entrepris depuis lors pour un certain nombre de mots par le « Centre International de Synthèse » sous la direction de M. Henri Berr. (Note ajoutée à la cinquième édition.) — 2. Les termes usités à la fois en anglais et en français sont partioulièrement fertiles en écarts de ce or qui donnent souvent lieu, dans les traductions, # des contresens ou à des non-seus. Actu}, Control, Description, E logy, Evidence, Immaterial, Qualification, Sanction, ete. ,admettent desemplois où il est absolument impossible de les rendre par le mot français correspondant.
XXIV AVERTISSEMENT
culièrement utiles, ont été généralisés, et étendus, dans le corps de l'ouvrage, à tous ceux des articles qui en comportaient.
Cette révision, ainsi que la mise en œuvre des communications reçues de divers correspondants, demandaient un travail dont M. Lalande, en raison de son âge et du mauvais état de sa vue, n'aurait pu se charger à lui seul : M. René Poirier, membre de l’Institut, professeur à la Sorbonne, et M. Roger Martin, agrégé de Philosophie, bibliothécaire de l’École Normale supérieure, ont bien voulu s’y intéresser, et ont largement contribué à le mener à bien. L'auteur et la Société française de Philosophie leur en expriment ici leurs très vifs remerciements.
NOTE SUR LES RADICAUX INTERNATIONAUX
Les radicaux internationaux indiqués à la fin des articles ne sont pas des mots complets ; ils sont destinés à recevoir les terminaisons conventionnelles qui, dans une langue artificielle, marquent le subs- tantif (singulier ou pluriel), l'adjectif, le verbe à ses différents modes et temps, etc., ainsi que les préfixes ou suflixes qui permettent la dérivation. Par exemple Æoncept.… donnera koncepto (concept) ; koncepta (conceptuel, au sens de : qui est un concept); konceptala (conceptuel, au sens de : relatif aux concepts) ; konccptigar (concep- tualiser, transformer en concept) ; et ainsi de suite. On devra donc, quand le radical international n’est pas indiqué à la fin d’un article, voir d’abord s’il ne se déduit pas immédiatement de la racine donnée dans un article voisin.
Le plus souvent, au contraire, ces suffixes ont dû être mentionnés expressément, dans la formation du radical, pour correspondre au mot français, ou pour en distinguer les divers sens ; par exemple : nosko, connaissance (acte de connaître) ; noskato, connaissance (chose connue, at. suffixe du participe passé passif); nedetermineso, indétermination (caractère de ce qui n’est pas déterminé) ; malde- terminismo, indéterminisme (doctrine contraire au déterminisme).
Un jeu de préfixes ou de suflixes de ce genre, quand ils sont bien choisis et employés proprement, donne à une langue artificielle beau- coup de souplesse et de précision. Voici, pour l’usage philosophique, les plus intéressants d’entre eux, dans le système Jdo, qui a réalisé jusqu’à présent, la méthode de dérivation la plus parfaite :
Préfixes : mal-, contraire ; mi-, à moitié ; mis-, à tort, de travers ; ne-, négation pure et simple, sans opposition de contrariété ; pre, avant ; re-, répétition ; sen-, privation.
Suffixes . -aj, chose faite de ; -al, relatif à ; -ar, collection, réunion (p. ex. vortaro, vocabulaire) ; -ebl, qui peut être. (p. ex. qui peut être vu, compris, désiré, etc.) ; -end, qu’on doit... (participe latin en dus) ; -es, être, état de ce qui est tel ou tel (sert à former des termes abs- traits : vereso, vérité, au sens : caractère de ce qui est vrai) ; -esk, commencer (volesko, velléité, commencement de volition); -if, produire ; -ig, rendre ; -ij, devenir ; -ë, moyen, instrument pour... ; -iv, qui peut ; -o3, pourvu de ; -ur, produit par ; etc.
(D’après le Franca Guidlibreto de CouTURAT et LEAU, Paris, Chaix, 1908.)
ABRÉVIATIONS
G. Grec. — L. Latin. — D. (Deutsch) Allemand. — E. (English) Anglais. — I. (Italiano) Italien.
Rad. int. : Radical international.
Vo, sub Vo fverbo, sub verbo) : renvoi à un article d’un dictionnaire ou vocabulaire.
In, Ap. (ir ou apud, dans) : texte cité dans un autre texte, ou publié dans un ouvrage collectif.
Pp : Proposition. — R : Relation.
Pr, Ppr : Principe, proposition première.
S, P : Sujet et prédicat (dans une proposition représentée schéma- tiquement).
L’astérisque * indique qu’il y a lieu de se reporter à un article du présent Vocabulaire. La lettre (S) renvoie au Supplément.
Les titres d'articles entre guillemets indiquent, soit un néologisme, soit un terme spécial à la langue d’un auteur ou d’une école.
Lettre de M. N... (sans autre référence) : lettre écrite par M. N... en réponse à l'envoi d'épreuves du Vocabulaire, où à l’occasion de l1 publication d’un des fascicules.
Nous avons écrit en abrégé un certain nombre de mot; très usuels (Loc. pour Lociqur, Psycu. pour PsycnoLoc1ie. etc.) ainsi que des titres d’ouvrages très connus et faciles à suppléer. Quelques références ont été réduites au nom de l'auteur ; ce sont : Acap. pour Dictionnaire de l’Académie française (1878) ; — Bazpwin pour Dirtionary of philosophy and psychology edited by J. M. Baldwin; — BoniTz. pour son Index Aristotelicus ; — Daru. et HarTz., pour le Dictionnaire de la langue française par MM. Darmesteter, Hatzfeld et Thomas (avec la colla- boration de M. Sudre); — DecHAuBRE, pour Dictionnaire usuel des Sciences médicales sous la direction de MM. Dechambre et Lereboullet (articles de philo- sophie par M. Victor Egger) ; — E1sLer, pour son Wôrterbuch der philosophischen Begriffe und Ausdrücke ; — Fnaxck, pour le Dictionnaire des Sciences philoso- phiques publié sous sa direction ; — GonLor, pour son Vocabulaire philosophique ; — GocLENIus, pour son Lexicon philosophicum ; — LiTTRÉ, pour son Dictionnaire de la Langue française ; — MELLIN, pour son V'ôürterbuch der Kritischen Philoso- phie; — MurRAY, pour À new english Dictionary on historical principles (Oxford) ; — Ricier, pour le Dictionnaire de physiologie publié sous sa direction; — Ranzoui, pour son Dizionario di Scienze filosofiche.
Les citations de Descartes, suivies de l'indication « Ad. et T. » renvoient à la grande édition des Œuvres de Descartes par Adam et Tannery. Mais plusieurs de ses ouvrages sont cités directement par parties ou chapitres et paragraphes. Par exemple Méth., IV, 7 — Discours de la méthode, 4° partie, $ 7.
Leisniz, Gerh. (= édition Gerhardt, Philosophische Schriften) ; Gerh. Math. (= édition Gerhardt. Mathematische Schriften).
Les lettres À et B, à fa suite des citations de KANT, Xrut. der reinen Vern. (Critique de la Raison pure), désignent respectivement la première et la seconde édition, L’indication des pages de ces éditions est reproduite dans celle de Kehr- bach (in-16, Reclam) à laquelle il a été aussi fait quelques renvois.
1. À. 1° Symbole de la proposition universelle affirmative* en Logique, sui- vant les vers mnémoniques classiques :
Asserit À, negat E, verum generaliter ambo ; Asserit I, negat O, sed particulariter ambo.
29 Symbole de la proposition modale dans laquelle le mode* et le dictum* sont affirmés l’un et l’autre.
2. A... ou AN... (G. à privatif). Préfixe employé assez librement, dans la langue philosophique contemporaine, pour for- mer des termes ayant le sens strict de privation, non de contrariété. Voir Amoral*, anesthétique*, etc.
A = A. Formule souvent employée pour exprimer le principe d'identité. Voir Identité*.
CRITIQUE
Si cette formule est entendue au sens des logisticiens, elle ne doit pas être tenue pour primitive : elle se déduit en effet de la formule a 2 a et de la définition du signe = {au sens logique) :
(a=b.29 :a2b.b3a. iDf) {a2bb3a:2:a=b. \Df) Si elle est entendue au sens large,
elle devrait s’écrire : A = A. Aballété, voir Aséité*.
ABAQUE, G. “AGuë£ ; L. Abacus. À. En Arithmétique, tableau servant à effectuer les additions et soustrac-
tions (analogue à un boulier-compteur). Aussi l’art du calcul numérique s’appe- lait-il au moyen âge abaque (Liber Abaci, de LEoNARDUS Pisanus, dit Figonacci, 1202).
B. En Logique (abaque de JEVONS), tableau à double entrée représentant les combinaisons de n termes simples a, b, c, … et de leurs négations*, au nombre de 2. Ce tableau sert à tirer les conséquences logiques de prémisses données, suivant la méthode de JE- vons (Pure Logic, p. 80).
C. En Méthodologie : tableau de courbes servant au « calcul graphique », c'est-à-dire à la détermination de cer- taines grandeurs par le recoupement de ces tracés.
Rad. int. : Abak.
ABDUCTION, CG. ’Arœywyñ. — ARIs- TOTE appelle ainsi un syllogisme dont la majeure est certaine et dont la mineure est seulement probable : la conclusion n’a qu’une probabilité égale à celle de la mineure. (Prem. Anai., 11,25; 69%20 etsuiv. Voir Apagogique*.)
Peirce appelle abduction tout rai- sonnement dont la conclusion est seu- lement vraisemblable.
Voir Induction* et Raisonnement*.
Rad. int. : Abdukt.
ABERRATION, D. Abirrung; E. Aberration ; I. Aberrazione. (Ces deux derniers mots sont de sens large, et
Observations de MM. les Membres et Correspondants de la Société
Sur Aberration. — Il importe de distinguer, au sens A, aberration et déviation. Le mot aberration devrait être plus spécialement réservé aux anomalies, qui, à tort ou à raison, paraissent évitables, et par suite, surtout aux anomalies des fonctions intellectuelles. Cf. cette phrase de ProuDHon : « La recherche de l'absolu est le caractère du génie humain ; c’est à cela qu’il doit ses aberrations et ses chefs- d'œuvre. » Justice, Dixième Étude ; ch. 111, 23. (L. Boisse.)
ABERRATION h L 2 s’appliquent presque à tout désordre ABNÉGATION, D. Entsagung; — mental.) E. Abnegation (rare) ; Self-denial ; _—
A. Sens technique : anomalie d’une | au sens B, Self-sacrifice ; — I. Abne-
fonction spéciale, qui l'empêche d’at- teindre sa fin normale : aberration de la vue, d’un instinct.
B. Sens vulgaire : trouble mental caractérisé par une erreur, une absur- dité, un oubli graves, mais passagers, dans une matière bien connue du sujet.
CRITIQUE
Le sens B est à éviter toutes les fois qu’il peut prêter à confusion. Rad. int. : À. Deviac ; B. Aberac.
gazione.
A. Renoncement de l’homme à tout ce qu’il a d’égoïste, et même d’indivi- duel, dans ses désirs.
B. En un sens moins fort, sacrifice volontaire, au profit d’autrui, d’une tendance naturelle. Absolument : sacri- fice volontaire de soi-même aux autres. Cf. Altruisme*.
État d’esprit consistant dans la dis- position à ce sacrifice.
Rad. int. : Abneg.
Sur Abnégation. — Par son origine historique, par son sens technique, ce terme,
ABSENCE
ABOULIE, du G. ’Afoukia ; D. Abu- lie, Willenslosigkeit; E. Aboulia; I. Abulia.
Ensemble de phénomènes psycholo- giques anormaux, « consistant dans une altération de tous les phénomènes qui dépendent de la volonté, les réso- lutions, les actes volontaires, les efforts d'attention. — Il y a ainsi des aboulies de décision* et des aboulies d’exécution*; et l’on distingue encore parmi celles-ci l’aboulie motrice (cf. Apraxie*) ; l’abou- lie intellectuelle (appelée par GucE apro- sexie, incapacité de s'appliquer), celle qui se manifeste par le trouble ou l’im- possibilité de l’attention ; l’aboulie de résistance, celle qui consiste en une exagération pathologique de l'esprit
de contradiction dans les actes. — On appelle aboulie systématisée celle qui porte sur une certaine catégorie d’actes seulement. (D’après Pierre JANET, ap. RicerT, sub Vo.
« ABRÉACTION »: D. Abreagie- ren. — Terme d'origine freudienne : réaction par laquelle l'organisme se dé- charge d’une impression ou d’une exci- tation qui, en l’absence de ce dérivatif, pourrait causer des troubles durables.
Se dit quelquefois, plus généralement, de toute réaction de défense.
1. ABSENCE, D. Abwesenheit ; E. Absence ; I. Assenza.
Caractère de ce qui n’est pas en un lieu ou en un sujet déterminé, alors que
qui appartient surtout à la langue de la morale ascétique et chrétienne, se rattache à l'Évangile (Matth., XVI, 24 ; Luc, IX, 23, etc.). « Si quis vult venire post me, abneget semetipsum et tollat crucem suam quotidie. » Il implique primitivement la négation de l’égoisme qui se fait centre et tout, la négation par conséquent d’une négation et d’un obstacle à la vie supérieure de l’esprit et à l’union divine. C’est affaiblir ou même dénaturer la signification du mot que de lui faire désigner un simple désintéressement social ou un altruisme pratiquant : ce renoncement pour les autres vient de plus profond et vise plus haut : il exprime la libération de l’âme par une charité universelle. — Tel est le sens traditionnel, ainsi que le définit par exemple l’avertissement placé en tête des « Institutions de Thaulère (Tauler), traduites par les religieux de l’ordre des Frères Prêcheurs (Dominicains) du Faubourg Saint-Germain » (3° édition, 1681). « L’abnégation de soi-même n’est autre chose qu’un oubli général de tout ce qu’on a aimé dans la vie passée..., parce que notre avancement en Dieu n’arrive à sa perfection que par la ruine de notre vieil homme. » LE1BN1Z écrivait à Morell le 24 novembre 1696 : « J’ai acheté les œuvres de Sainte Thérèse et la vie d’Angèle de Foligno où je trouve des choses admirables, reconnaissant de plus en plus que la véritable théologie et religion doit être dans notre cœur par une pure abnégation de nous-mêmes, en nous aban- donnant à la miséricorde divine. » (Baruzi, Leibniz, Bloud, 1909, p. 337). Ce mot d'abnégation est employé plusieurs fois par Leibniz en ce même sens, résumé dans ce texte curieux et énergique : « La négation de soi-même est la haine du non-être même en nous, et l’amour de la source de notre être personnel, c’est-à-dire de Dieu. » (Jbid., p. 375.) Renier le moi haïssable, c’est préparer l'avènement du moi meilleur. (Maurice Blondel.)
— L'abnégation est une variété, une espèce de sacrifice. C’est un sacrifice qui implique, au préalable, une sorte de renoncement intellectuel. Il y a un jugement de séparation, un jugement par lequel nous déclarons que telle tendance ou passion, tel intérêt doivent disparaître de notre horizon, se trouvent niés (negare), placés loin de nous {ab}. Dès lors, l’amputation n’est pas douloureuse. L’affectif est réduit au minimum. En un sens, l’abnégation nous épargne la peine du sacrifice. Le sacrifice est une abnégation qui commence par le cœur ; l’abnégation est un sacri- fice que l'intelligence inaugure, consomme et épuise. L’abnégation est la forme intellectuelle du sacrifice. (L. Boisse.)
— Il nous paraît douteux que le mot ait réellement cet import intellectualiste.
Negare a d’ailleurs, en latin, un sens beaucoup plus actif et affectif, moins étroite- ment logique que le français nier. Il veut dire aussi bien refuser : « Negare opem patriæ. » (A. L.) — Non seulement negare n’a pas un sens purement intellectuel, mais je ne vois pas qu’en fait, ce qui importe davantage, l’usage justifie la restric- tion du mot à ce qui dépend de l'intelligence. On dira très bien que telle vieille domestique a soigné ses maîtres avec une parfaite abnégation ; en quoi serait-ce l'intelligence qui « inaugurerait » ce sacrifice ? Le sens impliqué dans ce mot est celui d’un degré de désintéressement, ou d’une expression du désintéressement qui dépassent le simple « oubli » de soi. (G. Belot.)
Sur Aboulie, — Des actions dont le contenu reste le même peuvent être exé- cutées à divers degrés de perfection psychologique, avec une tension psychologique plus ou moins élevée. J’ai été amené à distinguer grossièrement neuf degrés prin- cipaux que l’on peut désigner de la façon suivante : 1° Actes réflexes ; 2° Actes sus- pensifs ; 3° Actes sociaux ; 4° Actes intellectuels ; 5° Actes asséritifs ; 6° Actes réfléchis ; 7° Actes ergétiques ou rationnels ; 8° Actes expérimentaux ; 99 Actes progressifs. (Cf. La tension psychologique, ses degrés, ses oscillations, The British Journal of Psychology, Medical section, octobre 1920, janvier et juillet 1921.) A chaque degré se présentent des troubles de l’action, qui perd le degré supérieur, etquiretombe, souvent avec exagération, au degréinférieur. Le mot aboulie, quand il est employé d’une manière précise, ne désigne pas la suppression d’une action d’un degré quelconque ; il désigne exactement la suppression de l’action réfléchie, l'impossibilité de donner à l’acte la forme d’une décision, c’est-à-dire d’une volonté ou d’une croyance arrêtées après délibération. Le plus souvent, il y a en même temps chute au degré inférieur, exagération de l’action asséritive que l’on désigne sous le nom d’impulsion ou de suggestion. (Pierre Janet.)
Sur Absence. — L'idée d'absence est importante en psychologie, et il n’en a pas été suffisamment tenu compte jusqu'ici. Il y a, en réalité, une conduite de l'absence qui est l’un des points de départ de la notion du temps et de la notion du passé. La conduite de l'absence comporte une certaine forme de la conduite de l’attente, avec une agitation spéciale par dérivation. (Pierre Janet). — Cf. Attente*.
ABSENCE
sa présence en ce lieu ou en ce sujet est considérée comme normale, comme habituelle, ou pour le moins comme réalisée en d’autres circonstances.
Table d'absence. Voir Tables*. Rad. int. : Absent.
2. ABSENCE, D. Zerstreutheit ; E. Absent-mindedness. Abstraction ; I. Dis- trazione.
Psycnor. Forte distraction momen- tanée rendue sensible par un manque d'adaptation aux circonstances.
Rad. int. : Distrakt.
ABSOLU, du L. Absolutus, parfait, achevé, mais dont le sens moderne a subi l'influence du radical solvere. Voir Critique ci-dessous. — D. Absolut ; E. Absolute ; I. Assoluto. S'oppose dans presque tous les sens à relatif*.
1. LociQue et PsycHoLoGiE
A. « (Terme) absolu », chez les gram- mairiens, par opposition aux « termes relatifs », désigne ceux qui expriment des notions considérées comme indé- pendantes, en ce sens qu’elles ne sont pas posées comme impliquant un rap- port à un autre terme : Homme est un terme absolu, père un terme relatif. (LITTRÉ.)
B. Indépendant de tout repère ou de tout paramètre arbitraires. « Mouve- ment absolu ; position absolue ; tem- pérature absolue. »
C. Qui ne comporte aucune restric- tion ni réserve en tant qu’il est désigné par tel nom ou qu'il reçoit telle qualifi- cation. « Nécessité absolue ; opération absolument exacte ; — alcool absolu. ;
KanT, après avoir indiqué un autre sens du mot (voir ci-dessous F), ajoute : « Dagegen wird es auch bisweilen gebraucht um anzuzeigen dass etwas in aller Beziehung (uneingeschränkt) gültig ist, z. B. die absolute Herr- schaftl, » Crit. de la Raison pure, A. 324; B. 381 : « Von den transc. Ideen. » Il prévient un peu plus loin que c’est ce deuxième sens qu’il adopte. (Tout le passage est une analyse des diverses acceptions d’absolu.)
À ce sens se rattachent les expres- sions : « Pouvoir absolu, monarchie absolue, ordre absolu », etc.; et par extension « caractère absolu », c’est-à- dire qui ne supporte aucune restric- tion et ne fait aucune concession.
« Sens absolu », le sens le plus fort d'un terme.
1.« D'autre part, il est aussi employé quelquefois pour indiquer que quelque chose est valable à tous égards (sans restriction) par exemple : le pouvoir absolu. »
CC
5
ABSOLU
a
D. Synonyme d’a priori* selon Lir- TRÉ : « En termes de métaphysique » (probablement au sens du xvrrie siècle) « qui n’est pas relatif, qui n’a rien de contingent. Les idées absolues sont celles qui, d’après la métaphysique, ne viennent pas de l’expérience. : Sub Vo.
Ce sens paraît être une in :erpréta- tion partiellement inexacte de l’emploi de ce mot par Cousin, qui appelle souvent les principes rationnels des vérités absolues, au sens E ; p. ex. : « Les vérités absolues supposent un Être absolu comme elles où elles ont leur dernier fondement. » Le Vrai, le Beau, le Bien, leçon IV, p. 70.
2. MÉTAPHYSIQUE
Le mot est ici employé substantive- ment dans la plupart des cas : « L’Ab- solu. » D. Das Absolute ; E. The Abso- lute ; I. L’Assoluto.
E. « Ce qui, dans la pensée comme dans la réalité, ne dépend d’aucune
autre chose et porte en soi-même sa raison d’être. » Franck, sub Vo.
On peut rattacher à ce sens (bien que ce ne soit pas exactement le même) celui que J.-J. GourD a donné à ce mot, notamment dans Les Trois Dia- lectiques et dans la Philosophie de la religion : le non-coordonné, ce qui est en dehors de toute relation.
On peut en rapprocher aussi, quoique de plus loin encore, l’usage qui en a été fait dans l’alchimie, pour désigner la matière unique. BALZAC : La Recherche de l’Absolu.
F. Par suite, en un sens plus faible, et au point de vue de la « théorie de la connaissance » : la chose en soi, l’être tel qu’il existe en lui-même, indépen- damment de la représentation qu’on en peut avoir. Voir Liarp, La science positive et la métaphysique, spéciale- ment livre II, ch. 1x et suiv. (où d’ail- leurs cette acception est étroitement combinée à la précédente).
ou de croire le faire (ce qui arrive quand on emploie le terme substantivement).
En tout état de cause, le passage du relatif à l'absolu ne saurait avoir lieu que dans un même domaine, qu'il faudrait toujours définir. Dans une expression comme « L’Absolu ou la Valeur », c’est par la plus arbitraire des postulations qu’on identifie l'absolu de réalité et l’absolu de valeur.
Je ne sais si l'absolu, c’est l'infini ;
mais il me semble que c’est le Tout.
Sur Absolu. — Le $ E a été divisé en deux (actuellement E et F), et la fin de la Critique a été modifiée corrélativement, pour tenir compte des observations suivantes de M. Maurice Blondel et d’Emmanuel Leroux.
On doit prendre garde de ne pas identifier l'absolu, au sens ontologique et essentiellement spirituel, à la conception matérialiste et intrinsèquement inintelli- gible d’une réalité en soi et par soi, telle par exemple que la matière unique des alchimistes. Au sens fort du mot, l’absolu est, comme l'indique l’étymologie, ce qui ne relève d'aucune condition, ce dont tout dépend et ce qui ne dépend de rien, le complet en soi, celui qui seul peut dire : « Je suis celui qui suis », ou, comme l’a défini Secrétan : « Je suis ce que je veux. » Ce n’est pas l’École Éclectique qui a mis en valeur ce caractère de souveraine abtépxsis. (Maurice Blondel.)
Dire que l’on considère la nature réelle ou absolue d’une chose, indépendamment de tout ce qu’il peut y avoir de partiel, de symbolique ou d’erroné dans la connais- sance qu'on en a, ce n’est nullement affirmer que cette chose constitue un Absolu, une réalité existant en soi et par soi. Pourquoi ne concevrait-on pas la nature absolue d’un être dépendant, contingent, relatif ? (Emm. Leroux.)
C’est une question de savoir si absolu n’est pas davantage que l'opposé de relatif, à savoir son corrélat. Et par suite s’il est légitime de penser à part l'absolu,
L'ensemble constitué par le Créateur et la créature me paraît mériter le nom d’absolu au moins autant que le Créateur seul, à plus forte raison si celui-ci attend quelque chose des créatures. (M. Marsal.)
Le sens donné à ce mot par J.-J. Gourp a été relevé par M. Brunschvicg.
J.-J. Gourd, identifiant l’Absolu avec l’Incoordonnable, oppose l’Absolu à lInfini comme le différent au similaire (Philosophie de la Religion, p. 248). — Il importe cependant de remarquer quele sens véritable du mot, en métaphysique, est le sens indiqué sous la lettre E, et que, dans ce sens-là, la notion d’Absolu est identique à la notion d’Infini, telle que l’entendent les modernes. (Ch. Werner.)
— Peut-être ce mot a-t-il toujours souffert d’une certaine ambiguïté : dans son sens littéral et étymologique « détaché de..., sans connexions, indépendant » (d’où, par exemple, « ablatif absolu ») comme dans son sens méta phorique « fini, Complet », comme le tissu détaché du métier. Dans la langue politique anglaise, l'expression « Monarchie absolue » a plutôt visé primitivement l’indépendance à l'égard de toute suzeraineté ou autorité extérieure, par exemple à l’égard du Pape ; mais ensuite il n’est pas douteux qu’elle s’est appliquée à l’idée d’un gouvernement Complètement monarchique.
Hamilton a critiqué l’Absolu de Schelling et de Hegelcomme si c'était la chose- €n-Soi de Kant, inconnaissable, en tant qu’elle est « hors de toute relation » avec
ABSOLU
On peut rattacher ce sens à celui qu'indique Kant pour l'adjectif : « Das Wort Absolut wird jetzt Ofter gebraucht um bloss anzuzeigen dass etwas von einer Sache an sich selbst betrachtet und also innerlich gelte!. » Xrit. der reinen Vern., À. 324 ; B. 381 (voir plus haut, C). Mais nous ne croyons pas qu’on trouve chez lui, même à titre d'indication, le sens correspondant du substantif.
G. « Ce qui est en dehors de toute relation en tant que fini, parfait, achevé, total. Il correspond donc au rù 6Aov et au rù tékecov d’Aristote. Dans cette acception, et c’est la seule dont je me serve, l’Absolu est diamé- tralement opposé, contradictoire même à l'infini. » HAMILTON, Discussions sur Reid, p. 14. Définition discutée par J. S. Miie, Exam., chap. 1v.
H. Par un mélange des deux sens précédents, les Éclectiques ont employé Beau absolu pour désigner l’idée du Beau en tant qu’existant en soi, indé- pendamment de toute réalisation par- ticulière. « Nous reconnaissons trois formes principales de l’idée du Beau : le Beau absolu. qui n'existe qu’en Dieu, etc. » Ch. BÉNARD dans FRANCK,
1. «Le mot absolu est le plus souvent employé aujour- d'hui pour indiquer seulement que ce qu'on dit d'une chose est valable en tant qu'on a considère en elle-même et par suite intérieurement. »
Vo Beau. — On a employé quelquefois en un sens analogue Bien absolu et Vrai absolu. Voir ci-dessous, Critique, et cf. Métaphysique*, not. D et E.
8. USAGES DIVERS.
L « [Valeur] absolue. » En mathé- matiques, la valeur absolue d’un nom- bre réel n est la valeur arithmétique de Vnä. Pour un nombre négatif — x, c’est x, car (— x)? = (+ x)? = xt, La valeur absolue (ou module, comme on disait autrefois) d’un nombre imagi- naire ordinaire x + iy est : Vx? + yi. Enfin, la valeur absolue d’un nombre complexe à n éléments (x, a, .… x) est : Vrai + 2? + … + r2 La valeur absolue d’une quantité quelconque X s’indique par |[X| ou par mod X (nota- tion de Caucuy).
J. « L’absolu de la question », Des- cARTES. Le principe évident ou déjà démontré, d’où peut se déduire la solu- tion d’une question ; la notion simple ou même seulement plus simple à laquelle une autre se ramène. « Tout le secret de la méthode consiste à cher- cher en tout avec soin ce qu’il y a de plus absolu... Parmi les corps mesu- rables, c’est l'étendue qui est l’absolu ; mais dans l'étendue c’est la lon- gueur, etc. », Regulae, VI.
K. Le « moi absolu » chez FicHTe, est le moi en tant qu’acte originaire de
nos facultés de connaître. Mais pour eux le mot signifie plutôt ce sans quoi les termes de la relation sujet-objet disparaissent.
Nicolas de Cusa est peut-être le premier qui ait systématiquement fait usage d’ Absolu pour désigner l’objet ultime de la spéculation philosophique. Ce terme est devenu usuel en ce sens chez plusieurs écrivains anglais contemporains, tels que M. Bradley et feu M. Bosanquet ; et par suite il a été fréquemment l’objet des critiques des écrivains appartenant à l’école pragmatiste, comme W. James
et M. F. C. S. Schiller. (C. C. J. Webb.)
— En France, ce mot a été introduit dans l’usage philosophique courant par Victor Cousin, en 1817. Il le tenait peut-être de Maine de Biran, qui l’avait employé vers 1812. Voir Paul JANET, Victor Cousin et son œuvre, p. 70-71 et 107. (V. Egger.)
Sur « Beau absolu. » — N’y a-t-il pas là une expression vague pour une idée chimérique ? (J. Lacheller.) — Sans doute, mais elle a été fréquemment employée dans l’École Éclectique, et même chez les littérateurs qui en étaient contemporains. On la rencontre encore aujourd’hui. (A. L.)
7
—
la pensée, principe de toute activité, de toute connaissance et de toute réa- lité, au delà des existences individuelles ou empiriques. Il est action pure, non existence active, savoir pur, non sujet connaissant ni objet connu; position infinie de soi par soi, non substance. Grundlage der gesammten Wissenschalit, 9 et suiv.
En un sens dérivé, et relatif à l’hom- me : la raison, par opposition aux tendances individualisantes. Voir Xa- vier LÉON, La philosophie de Fichte, livre III, ch. 11.
L. « L'esprit absolu » de HEGEL (Absoluter Geist) représente, après l’es- prit subjectif et l'esprit objectif, le moment suprême du développement de l’idée : il est la conscience désormais adéquate, dégagée des nécessités natu- relles et des conditions de réalisation extérieure, de tout le contenu concret de l'esprit. Mais il se réalise lui-même à trois degrés : sous la forme de l'idéal esthétique (l’art) ; sous la forme de la vérité révélée par sentiment (la reli- gion) ; sous la forme de la vérité expri- mée dans son essence absolue (la connaissance rationnelle pure). — Voir Encyklopacdie, troisième partie, sec- tion 3.
CRITIQUE
Absolu vient d’absolvere, dans ses deux sens bien distincts : délier, déga- ger, affranchir, d’une part, et de l’autre achever, rendre parfait. Absolutus a toujours ce dernier sens ; mais le pre- mier a été renforcé, chez les philo- sophes modernes, par le souvenir de solvere.
L'usage métaphysique de ce mot, en parlant de Dieu ou de ses attributs, est très ancien, et paraît venir de ce qu’il Présentait autrefois une signification essentiellement laudative : « Jeudi absolu, Terre absolue » — Jeudi Saint, Terre Sainte. JoiNviLze. — « Dieu est un nom absolu (sacré). » Vieille gram- maire française citée par Darmesteler et Hatzfeld. — « Deus est absolutus. » Nicozas De Cusa, Docta Ignor., II, 9.
ABSOLUTISME
— GocLenius : « Interdum idem est ac nudum, purum, sine ulla condi- tione : ut cum absolutum Dei decretum aliquod dico ; interdum idem est quod non dependens ab alio. » — Il a conservé clairement ce caractère laudatif et traditionnel dans les ouvrages de l’école éclectique, et par conséquent J. S. Mr touche juste en notant que dans le débat entre HAMILTON et Cousin, ce n’est qu’un pseudonyme commode du nom de Dieu. Voir Phil. de Hamilton, ch. 1v.
Il a paru à la Société de philosophie, à la suite de la discussion dans la séance du 29 mai 1902, que l’équivoque de ce mot ne pouvait être entièrement levée, et qu'il devait être loisible de l’'employer en l’un des trois sens sui- vanis :
Surtout quand il est pris comme adjectif ou comme adverbe : ce qui ne comporte aucune restriction ni réserve en tant que tel et désigné par tel nom. C’est le sens C.
Surtout quand il est pris comme subs- tantif : 10 l’Être qui ne dépend d’aucun autre. C’est le sens E.
20 l’Être, en tant qu’il a une nature propre et indépendante de la connais- sance qu’on en a. C’est le sens F.
On remarquera que les significations C et F sont celles auxquelles Kant réduisait déjà les divers sens du mot. Voir les textes cités plus haut.
Rad. int. : C. Absolut(a) ; E. Abso- lut(o) ; F. Ensi.
ABSOLUITÉ, D. Absolutheit ; E. Ab- soluteness ; I. Absoluitä.
Caractère de ce qui est absolu. « Spi- noza entend réaliser l’absoluité de Dieu en faisant de lui la nécessité même. » HAMELIN, Descartes, p. 303.
ABSOLUTISME, D. Absolutismus ; E. Absolutism ; I. Assolutismo.
A. Régime de pouvoir absolu.
B. Esprit d’intransigeance, absence de réserve ou de nuances dans les opinions. — De la part d’une autorité, esprit opposé à tout libéralisme.
———— = = si" À
ABSOLUTISME
D dd
8
C. (Particulièrement en anglais.) Mé- taphysique de l’Absolu. Se dit surtout de la philosophie de Bradley.
Rad. int. : Absolutism.
1. ABSORPTION (Loi d’). Propriété de l'addition et de la multiplication logi- ques, qui s'exprime par les deux for- mules corrélatives :
awab=a
C'est-à-dire : un terme absorbe tout terme additionnel dont il est facteur ; un facteur absorbe toute somme dont il est un terme.
2. ABSORPTION {en Psycx. ; ancien et peu usité), D. Vertiefung ; E. A4b- sorption ; |. Assorbimento.
État de l'esprit absorbé (= plongé dans une pensée ou une perception au point de ne plus rien percevoir d'autre). Opposée par HERBART à la réflexion, en tant que la première indique que le sujet se perd momentanément dans l’objet, la seconde qu’il se reprend et le comprend.
Rad. int. : Absorb.
ABSTINENCE, D. Enthaltung ; E. Abstinence ; I. Astinenza.
ÉTuique. Renoncement volontaire à la satisfaction d’un besoin ou d’un désir. Appartient aux vocabulaires stoicien { Abstine et sustine) et chrétien (— abstention de manger de la viande). Il est employé de nos jours en un sens très spécial relatif à la propagande anti-alcoolique : l’abstinent est celui qui renonce absolument à l’usage de l'alcool, par opposition au tempérant.
Rad. int. : Absten.
ABSTRACTION, G. ’Apaipeou; L. Abstractio ; D. Abstraction ; E. Abs- traction ; I. Astrazione.
A. Action de l'esprit considérant à
a (awb)=a
part un élément (qualité ou relation) d’une représentation ou d’une notion, en portant spécialement l'attention sur lui, et en négligeant les autres.
B. Résultat de cette action. (Voir Abstrait*.)
C. Dans l'opération susdite (A), on dit qu'on fait abstraction des éléments qu’on néglige. « Faire abstraction de. » en vient ainsi à désigner le contraire de ce qu'on appelle « abstraire » ou « considérer par abstraction ».
REMARQUES
L'’abstraction isole par la pensée ce qui ne peut être isolé dans la représen- tation. La dissection d’un organe ou même la représentation intellectuelle d’un organe isolé n’est pas une abs- traction.
L'abstraction diffère de l'analyse en ce que celle-ci considère également tous les éléments de la représentation ana- lysée.
Le sens C, bien que très normal (car il vient légitimement de l'expression latine abstrahere aliquid ab aliquo), donne souvent lieu à des contresens chez les débutants en philosophie ou chez les autodidactes. Il y a lieu d’ap- peler l'attention sur le retournement qui s’y produit.
Définition par abstraction, voir Défi- nition*.
Rad. int. : A, Abstrakt ; B. Abstrak- tur. (Le sens C est un idiotisme qui ne doit pas être conservé en L. I.)
ABSTRACTIONNISME, E. Abstrac- tionism.
A. Abus des abstractions.
B. Spécialement, chez W. JAMES (qui paraît avoir créé ce mot) tendance à prendre les abstractions pour l’équiva- lent des réalités concrètes, dont elles
Sur Absolutisme. — Usage anglo-américain de ce terme (sens C) relevé par
Emm. Leroux.
Sur Abstractionnisme. — Expression de W. James (sens B) relevée par
Emm. Leroux.
ABSTRAITES
retiennent un certain aspect seulement. Voir The meaning of truth!, ch. xim. Rad. int. : Abstraktemes.
ABSTRACTIVE (méthode), en phy- sique : celle qui consiste à résumer dans une formule mathématique la loi des phénomènes sensibles directement ob- servés (sans chercher à les expliquer par des structures ou des processus non ap- parents) et à en tirer les conséquences par le calcul. Voir les Observations sur Hypothétique.
ABSTRAIT, L. Abstractus ; D. Abs- trakt ; E. Abstract ; I. Astratto.
Se dit de toute notion de qualité ou de relation que l’on considère de façon plus ou moins générale en dehors des représentations où elle est donnée. Par opposition, la représentation com- plète, telle qu’elle est ou peut être don- née, est dite concrète. — Cf. ci-dessus. Abstraction*, Remarques.
CRITIQUE
On rencontre encore accidentelle- ment dans le langage philosophique deux autres emplois du mot abstrait qui tendent de plus en plus à tomber en désuétude, mais qu'il est nécessaire de signaler, en raison des équivoques qu'ils peuvent créer quelquefois :
1° Dans la scolastique, on appelait abstraite la notion d'une qualité conçue indépendamment des sujets qui la pos- sèdent, et concrète la notion (générale) de ces sujets eux-mêmes : ainsi homme était une idée concrète, humanité une idée abstraite. Les grammairiens disent encore en ce sens un terme concret et un terme abstrait. J. S. Mizz a adopté cet emploi du mot dans sa Logique,
L. Le sens de « vérité.
ch. n1, $ 4, en l’appliquant aux expres- sions « nom concret », et « nom abs- trait »; mais il remarque lui-même qu’il essaie de restaurer en cela un ancien usage presque aboli. — On peut y rattacher aussi la distinction faite par ScCHOPENHAUER entre les abstracta, concepts qui ne se rapportent à l’expé- rience que par l'intermédiaire d’autres concepts (rapport, vertu, commence- ment), et les concreta, concepts qui s’y rapportent directement (homme, pierre, cheval). Die Wel, I, & 9.
Il reste cependant quelque chose de cet usage quand on emploie les mots abstrait et concret au comparatif, en disant par exemple que l’idée de « rap- port » est plus abstraite que celle de « longueur ».
2° Pour HEGEL, l’abstrait est ce qui apparaît hors de ses relations vraies avec le reste, ou ce qui est une unité exclusive de différences ; le concret est ce qui est pleinement déterminé par toutes ses relations, c’est l'unité qui comprend les différences. Dans ce sens, ce qu’il y a de plus concret, c’est l'esprit ; au contraire, sont des abs- tractions le particulier (— le singulier) en tant qu'il est isolé de l’universel par la perception sensible, et l’universel en tant qu'il est isolé du particulier par la réflexion de l’entendement. (Ge- schichte der Philosophie, Werke, XIII, p. 37.) — Cf. Universel* concret.
Rad. int. : Abstraktit.
Abstraites (fonctions) en Marx. Voir Concret* et cf. RENOUVIER, Logique, ch. xx1ix, Observations 86 1 à 4.
Abstraites (sciences). A. Dans l'usage courant, les sciences qui usent des abstractions les plus éle-
Se Te me ET SE Ep
Sur Abstrait. — M. J. Lachelier est également d’avis que le mot abstrait ne doit s'appliquer qu’à des notions, mais fait observer qu’on enseigne souvent le
Contraire.
M. Brunschvicg demande si une représentation ne pourrait pas être donnée assez partiellement pour correspondre à un abstrait ? — Nous croyons que l'usage indiqué ci-dessus est plus correct. (Louis Couturat. — A. L.)
ABSTRAITES
vées (Métaphysique, Logique, Mathé- matiques, Physique générale, etc.).
B. Chez Auguste Come, les sciences proprement dites, formant la « série encyclopédique » (Mathématiques, Astronomie, Physique, Chimie, Biolo- gie, Sociologie) et qui « ont pour objet la découverte des lois qui régissent les diverses classes de phénomènes, en considérant tous les cas qu’on peut concevoir ». Elles s'opposent aux sciences « concrètes, particulières, des- criptives », qui consistent « dans l’ap- plication de ces lois à l’histoire effec- tive des différents êtres existants ». Cours, 22 leçon.
C. Chez SPENCER, la Logique et les Mathématiques, définies par le carac- tère commun de traiter « des formes sous lesquelles les phénomènes nous apparaissent », par opposition aux sciences « abstraites-concrètes » (Méca- nique, Physique, Chimie), qui traitent « des phénomènes eux-mêmes étudiés dans leurs éléments, — et aux sciences « concrètes » (Astronomie, Géologie, Biologie, Psychologie, Sociologie), qui traitent « des phénomènes eux-mêmes étudiés dans leur ensemble ». Classifi- cation des sciences, chap. 1. Ce sont, d’après cet ouvrage, les trois grandes
10
divisions de la classification des scien- ces, et chacune reçoit des subdivisions importantes (Jbid., Tableaux I, Il et III).
CRITIQUE
Toutes ces expressions sont à éviter, en dehors de l’usage historique. D'abord parce que cette histoire même les rend équivoques. Ensuite, en ce qui concerne le sens A, parce qu’il appartient au lan- gage populaire et que l'extension en est très vague. En ce qui concerne le sens B (Auguste Comte), parce que la distinc- tion a été reprise et mieux élaborée par Cournot sous le nom de série théo- rique et série cosmologique et historique des sciences. Enfin, en ce qui concerne le sens C, parce qu’il repose sur une confusion. Proposé dans un ouvrage polémique où le principal objet de Spencer est visiblement de marquer son indépendance à l’égard de Comte, il s'appuie sur l'argument suivant qu'il oppose à la liaison nécessaire établie par Comte entre l’abstrait et le général : « Tous les oiseaux et les mammifères ont le sang chaud; voilà une vérité générale, mais concrète, car chaque oiseau nous offre un type parfait de son espèce, en tant que race à sang
Sur Abstraites (Sciences). — Ti 4 äpupéoewcs, dans Aristote, désigne très
LL
11
ABSURDE
EEE
chaud. » Or, ce raisonnement est inexact ; car on pourrait dire de même : « Tous les hexagones réguliers ont le côté égal au rayon; voilà une vérité générale, mais concrète, car chaque hexagone particulier nous offre un type parfait de son espèce, èn tant qu'ayant le côté égal au rayon. » Il s’ensuivrait que la géométrie est aussi une Science concrète, ce qui est con- traire à la distinction qu’on veut éta- blir, et nié par l’auteur lui-même. — Il faut donc reconnaître que toute Loi est abstraite en tant que générale, et que les applications seules, dans toutes les sciences, sont chose concrète, comme l’admet Auguste Comte dans le pas- sage attaqué par Spencer.
ABSTRUS {(L Abstrusus, caché, de abstrudo) ; D. Abstrus; KE. Abstruse; I. Astruso.
Éloigné du cours ordinaire de la pen- sée, en particulier du jeu naturel de l'imagination, et par suite difficile à comprendre. « Even the most abstruse ideas, how remote soever they may seem from sense or from any operation of our own mind » Locke, Essay, II, x11, $ 8 — « Platon l’a montré dans un dialogue où il introduit So- crate menant un enfant à des vérités abstruses par les seules interrogations, sans lui rien apprendre. » LEIBN1z, Nouv. Essais, 1, 1, $ 5.
CRITIQUE
Ce mot présente souvent une nuance péjorative : fausse profondeur, com- plication inutile, confusion; mais ce n’est là qu’un import accidentel. On le trouve (surtout, il est vrai, dans la langue classique) employé en bonne part, comme on le voit dans le texte de Leibniz cité ci-dessus.
Ce mot est employé quelquefois par erreur comme synonyme ou comme superlatif d’abstrait : la confusion est venue vraisemblablement de la simi- litude des formes, et de ce que l’abstrait est souvent abstrus.
Rad. int. : Abstruz.
ABSURDE, D. A. Absurd, Abge- schmackt, Ungereimt ; B. Widersinnig ; — E. Absurd ; au sens B, nonsensical ; — L Assurdo.
À. Proprement, ce qui viole les règles de la Logique. Une idée absurde est une idée dont les éléments sont incom- patibles. Un jugement absurde est un jugement qui contient ou implique une inconséquence. Un raisonnement absurde est un raisonnement formelle- ment faux*.
L’absurde, en ce sens, est donc plus général que le contradictoire*, et moins général que le faux*. Strictement par- lant, l’absurde doit être distingué du non-sens (D. Unsinn, sinnlos); car
précisément les objets des mathématiques : voir en particulier Métaphysique, XI, 3, 1061329. On pourrait conserver ce sens. — Mais les généralités de l’histoire naturelle ne sont-elles pas aussi des abstractions ? Oui, mais la vie et l’organi- sation ne sont complètes et ne peuvent être complètement étudiées que dans le concret et l’individuel ; — au contraire, les formes géométriques sont complètes en elles-mêmes, en dehors des corps où elles peuvent se réaliser. Le géomètre n’apprendrait rien de plus sur la pyramide en l'étudiant sur les Pyramides d'Égypte. — On pourrait peut-être dire aussi que la logique est une science abs- traite (ou de l’abstrait), en ce sens que l’étude du syllogisme peut se faire en dehors de toute matière déterminée. (J. Lachelier.)
Cela n'est-il pas temporaire, et variable dans chaque science avec l’état de chaque question ? Archimède démontre son principe par une méthode purement géométrique ; et réciproquement Galilée, mesurant par l’expérience la surface d’une cycloïde, donne l'exemple d’une recherche physique, sur un objet concret, aboutissant à étendre le domaine des connaïissances géométriques. (A. L.)
M. M. Marsal souhaiterait de voir conserver cette expression pour désigner ce que Cournot appelle série théorique ; et sciences concrètes pour ce qu’il a nommé série historique et cosmologique. « Sans doute, nousécrit-il, Cournot a jeté la lumière
l’absurde a un sens, et est faux, tandis que le non-sens n’est proprement ni vrai ni faux.
B. Plus généralement et plus vague-
L « Mêmelesidées les plus abstruses, quelque éloignées qu'elles puissent sembler des sensations ou de toute opération de notre propre esprit...»
©
sur cette question, mais c’est en prolongeant l’analyse de Comte. Les étiquettes de Cournot sont-elles plus satisfaisantes ? Non. Le mot « série historique » est assez ambigu déjà, car dans la série théorique nous voyons intervenir le temps t, Peut-être même un sens de vection dans le temps. Le mot « série cosmologique » dit encore moins ce qu’il veut dire ; et cela éclate dans l’enseignement, pour peu qu'on ait déjà fait appel à la distinction établie par Ampère entre les sciences co8mologiques et noologiques. Or il y a des sciences noologiques au sens d'Ampère qui sont cosmologiques au sens de Cournot : ainsi l’ethnographie, la Vôlkerpsy- chologie, etc. Enfin théorique ne s'oppose qu’à pratique ou à technique. La minéra- logie est aussi « théorique » que la chimie. Aussi la classification de Cournot me Semble-t-elle s’accorder remarquablement avec les étiquettes de Comte, qui sont, non pas excellentes, mais à mon sens les meilleures possibles. »
ABSURDE
12
ment, dans la langue familière, se dit de ce qui est jugé déraisonnable, soit en parlant des idées, soit en parlant des personnes.
CRITIQUE
« Au sens courant, absurde désigne tout ce qui est contraire au sens com- mun ou même à nos habitudes d’es- prit ; mais en philosophie, il est recom- mandé d’entendre seulement par là ce qui est contraire à la raison ; les prin- cipes de la raison pouvant d’ailleurs être définis d’une manière plus ou moins large. » Note de J. LACHELIER et F. Raun sur la première édition du présent ouvrage.
Raisonnement par l’absurde, celui qui prouve la vérité ou la fausseté d’une proposition par la fausseté d’une conséquence. Il y en a donc deux sortes qu’il faut bien distinguer : 1° Preuve par l'absurde (1. Probatio per absur- dum, per incommodum ; p. ex. chez Bacon, De dignit., V, 1v, $ 3) : raison- nement qui prouve la vérité d’une
proposition par l’évidente fausseté d’une des conséquences résultant de sa contradictoire ; — 2° Réduction à l'absurde (G. &rayewyn els rù &Suvérov, ARISTOTE ; L. Reductio ad absurdum) : raisonnement qui conduit à rejeter une assertion en faisant voir qu’elle aboutirait à une conséquence connue pour fausse, ou contraire à l’hypothèse elle-même. Voir VAILATI, Sur une classe remarquable de raisonnements par ré- duction à l'absurde, Revue de méita- physique, septembre 1904. — Cf. Apa- gogique*.
Sur la preuve par l’absurde en ma- thématiques, voir DoroLLe, La valeur des conclusions par l'absurde, Rev. philos., sept. 1918.
Rad. int. : Absurd.
ABSURDITÉ, D. Ungereimtheit, Wi- dersinnigkeit ; — E. À. B. Absurdity ; B. Nonsense ; — 1. Assurdità.
A. Caractère de ce qui est absurde.
B. Idée ou discours absurde.
Rad. int. : A. Absurdes ; B. Absurdai.
Sur Absurde. — L. Boisse est d’avis :
1° qu'il serait plus correct de ne pas
employer ce mot en parlant des personnes ; — 2° qu’on s’avance trop en affir-
mant que le non-sens n’est proprement ni vrai ni faux
: « C’est une très grosse
question, dit-il, que oelle de savoir si l’on doit admettre un état d'indifférence, dans la vie intellectuelle comme dans la vie affective. »
« L’absurde a un sens, et est faux, tandis que le non-sens n’est proprement ni
vrainifaux.» C’est sans doute ce qu’il faut dire ; mais cela répond-il bien à l’usage ? Quand Maurice Blondel écrit : « Le matérialisme est un non-sens » (ci-dessous, observations sur Matière*), ne veut-il pas dire qu’il a un sens, mais qu’il est faux ? D’autre part, la littérature semi-philosophique développe souvent ce thème : « Le monde est absurde. » Cela ne veut-il pas dire qu’il n’a pas de sens, ou même peut-être, plus spécialement, qu’il est dénué de finalité propre {ce qui ne serait pas une grande découverte, mais manifesterait plutôt la réaction d’une âme déçue, comme eut pu l'être un admirateur des harmonies de la nature après le tremble- ment de terre de Lisbonne) ? — (M. Marsal.)
Diverses causes tendent à faire confondre, dans l’usage courant, ces deux expressions : l'emploi de non-sens par hyperbole, comme dans l’exemple ci-dessus ; l'usage anglais du mot nonsense pour une absurdité, dite soit par sottise, soit par plaisanterie ; enfin l’opposition d'absurde et de raisonnable, qui conduit à se servir du premier de ces mots pour tout ce que la raison ne peut approuver ; et enfin l’import péjoratif très énergique de ce mot, qui finit dans certains cas par en constituer presque tout le contenu. (A. L.)
13
ACADÉMIE, D. Akademie ; E. Aca- demy ; 1. Accademia.
A. Ancienne Académie — École de Platon, Speusippe et Xénocrate.
B. Moyenne et Nouvelle Acadé- mie = École d’Arcésilas, de Carnéade et de leurs successeurs. — Synonyme de probabilisme*.
REMARQUE
L'expression Nouvelle Académie est très usuelle. Moyenne Académie et An- cienne Académie sont plus rares. Quand on parle de l’École de Platon, on dit en général l’Académie, sans qualificatif. « L'Académie » (= les jardins d’Acadé- mos) était le lieu de son enseignement.
Rad. int. : Akademi.
ACATALEPSIE {’Axaraïndix, Pvr- RHON).
A. Historiquement, état qui résulte du principe sceptique qu’il n’v a pas de critère de la vérité.
B. Disposition de celui qui renonce par principe à chercher la solution d’un problème. De même chez Bacon, doute définitif opposé au doute méthodique : « Nos vero non acatalepsiam, sed euca- talepsiam meditamur. » No. Org., I, 126. — Cf. Éphectique*.
ACCIDENT, G. Zuubetinxoc. — Au sens À : L. Accidens ; D. Akzidens ; E. Accident ; I. Accidente. — Cf. Essence, Substance.
A. Sens technique, le plus usuel : ce qui peut avoir lieu ou disparaître, sans destruction du sujei : « "O yivetar xal &noyivewux ywpls Tic Toù broxemuévou pBopäc. » PORPHYRE, Îsagoge, V, 4824. I] divise les accidents en séparables (p. ex. pour l’homme, de dormir) et inséparables (p. ex. pour l’Éthiopien, d’être noir : caractère constant, mais qu'on peut concevoir comme venant à disparaître sans que le sujet auquel il s'applique soit détruit).
Sophisme de l'accident, voir Fallacia*.
ACCIDENTEL
B. Tout ce qui arrive (accidit) d’une manière contingente* ou fortuite* ; — spécialement, dans la langue courante, ce qui arrive ainsi de fâcheux.
REMARQUE
ARISTOTE divisait le sens de ovuGe- 6nxocs d’une manière un peu différente de celle qu’a formulée PorPHYRE (en croyant sans doute simplement le com- menter) et qui a été adoptée par toute la logique scolastique et classique. Il distingue « Goùx Ündpyer uév Tim xal &AnBèc elrreïv, où pévror ÉË &véyxnc oùr’ ëri td mov (par exemple le fait qu’un musicien est blanc) ; ôoa ümxpyet Éxote xa8” adrd un Ëv Th oùoiæ ëvra (par ex. le fait que les angles d’un triangle valent deux droits). Métaph., IV, 30; 1025214 et 31. Il ferait ainsi rentrer dans ce second sens toute la compré- hension implicite, qu’exclut la défini- tion de Porphyre : car un triangle euclidien ne peut cesser d’avoir ses angles égaux à deux droits sans cesser d’être triangle.
Par accident, G. Kara ouu6eënxoc (ARISTOTE) : ce que fait un être, ou ce qui lui arrive, non pas en vertu de son essence ou des attributs qui le définis- sent, mais indépendamment de celle-ci. Le musicien fait bâtir par accident, parce qu'il ne le fait pas en tant que musicien : il se rencontre (ouu6æive) que l’homme qui fait bâtir est en même temps musicien. Métaph., IV, 7 1017311-12.
De là vient le sens spécial de Conver- sion par accident. Voir Conversion*.
Rad. int. : Acident.
ACCIDENTEL, D. Accidentiel, zufäl- lig; E. Accidental ; 1, Accidentale.
A. Ce qui appartient à l'accident, non à l’essence. « Définition accidentelle », voir Définition*.
B. Qui arrive d’une manière contin-
Sur Accident. — Zwu6e6nxoc est entendu par Aristote en un «sens très large : il est applicable chez lui à tous les attributs. (E. Bréhier.)
LALANDE. — VOCAB. PHIL.
ACCIDENTEL
gente ou fortuite ; opposé à nécessaire*. — Par suite, dans le langage courant, qui arrive rarement.
Rad. int. : À. Acidental ; B. Acident.
ACCOMMODATICE (sens). Sens sym- bolique donné après coup et accidentel- lement à un texte qui n’a pas été fait en vue de cette application. Se dit parti- culièrement des versets de la Bible. Cf. Allégorie*.
ACCOMMODATION, D. Accomoda- üon,; E. Accomodation ; 1. Accomoda- mento.
A. Psy cu. Premier changement d’une fonclion ou d’un organe ayant pour résultat de les mettre en accord avec tout ou partie de leur milieu ; change- ment dont la fixation (et particulière- ment la fixation héréditaire) constitue- rait l’adaptation*. — Sens nouveau, proposé par J. M. Bazpwin, Düict. of phil, Vo, et qui nous paraîtrait utile à adopter.
B. Mise au point du système optique de lœil.
Rad. int. : Akomod.
ACHILLE. Un des arguments de ZÉ- Non D’ÉLéE dits (mais peut-être à tort) contre le mouvement. « Un mobile plus lent ne peut être rejoint par un plus rapide ; car celui qui poursuit doit tou- jours arriver au point qu’occupait celui
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qui est poursuivi, et où celui-ci n’est plus [quand le second y arrive]; en sorte que le premier garde toujours une avance sur le second. » D’après Aris- TOTE, Physique, VI, 9. Cet argument reçoit son nom de ce que Zénon prenait pour exemple Achille aux pieds légers poursuivant une tortue.
ACHROMATOPSIE ou, plus rare- ment, achromasie, D. Achromatopsie, Achromasie ; E. Achromatopsia, achro- masia ; |. Acromatopsia, acromasia.
L’achromatopsie totale ou cécité chro- matique (D. Farbenblindheu; E. Co- lourblindness ; I. Cecità per le colori) est Pincapacité de distinguer les couleurs, avec conservation de la sensation lumi- neuse (perception du blanc et du noir). L’achromatopsie partielle ou dyschro- matopsie (daltonisme au sens large) est l’incapacité de percevoir telle couleur, ou de la distinguer de telle autre : Anérythrochromatopsie, anérythropsie, absence de la perception du rouge, etc.
Rad. int. : Akromatops.
ACMÉ, G. ’Axut, pointe, maximum, point le plus favorable.
A. Époque à laquelle un philosophe, une doctrine, une institution ont eu leur plus haut degré d'influence ou d'activité.
B. Maximum de développement. « L'exercice de l’attention, en qui nous
Sur Achromatopsie. — Article complété d’après les indications de M. Piéron,
qui ajoute ceci :
« L’achromatopsie totale est encore appelée vision monochroma-
tique par les auteurs fidèles à la théorie de Young-Helmholtz sur la constitution de la sensation lumineuse par trois processus chromatiques dont deux feraient défaut dans ce cas. Pour les mêmes auteurs, l’achromatopsie partielle équivaut à une vision dichromatique (alors que la vision normale est trichromatique), avec trois variétés suivant le processus chromatique absent : protanopie, cécité au rouge (Rotblindhert, Redblindness) ; deutéranopie, cécité au vert ; tritanopie, cécité au bleu, — L'achromatopsie limitée aux moitiés homologues des deux rétines (hémiachromatopsie) est la forme la plus légère de l’hémianopsie (dont les degrés plus accentués sont l’hémiastéréopsie, perte de la vision des formes, et l’hémiaphotopsie, perte de la sensibilité elle-même. »
— Achromatopsie est un terme barbare. Il serait préférable de dire anesthésie des couleurs, insensibilité aux couleurs, où mieux encore cécité des couleurs (sic : traduction de Hozueren, Farbenblindheit, Colourblindness). — (V. Egger.)
CS
45 ACROAMATIQUE avons vu comme l’acmé de la cons- REMARQUE
cience... » M. PRADINES, psychologie générale, I, 54.
Traité de
A CONTRARIO (raisonnement), celui qui conclut d’une opposition dans les hypothèses à une opposition dans les conséquences. Expression d’origine juri- dique ; voir 4 pari*.
CRITIQUE
Ce raisonnement peut être valable dans certains cas, par suite de la ma- tière à laquelle il s'applique, mais il ne l’est pas en règle générale, car une conséquence vraie peut résulter d’un principe faux; et deux hypothèses contraires peuvent avoir toutes deux des conséquences communes.
ACOSMISME, D. Akosmismus,; E. Acosmism ; |. Acosmismo. (Du G. à privatif et xéouoc.)
Terme appliqué par HEGEL au sys- tème de Spinoza (par opposition à athéisme), parce qu'il fait rentrer le monde en Dieu plutôt qu’il ne nie l’existence de celui-ci (Encyclopaedie, $ 50).
1. ACQUIS, adj. D. Erworben; E. Acquired ; I. Acquisito.
A. Qui n’est pas primitif : caractère acquis (qu’un individu ou une espèce ne possédait pas tout d’abord) ; percep- tions acquises (qui ne sont pas données immédiatement par un sens, mais ré- sultent d’une éducation et d’un rai- sonnement inconscient). S’oppose dans cette expression à perceptions natu- relles.
L'expression « Hérédité des carac- tères acquis » s’entend toujours des caractères acquis par l'individu après sa naissance (par opposition à la théo- rie darwinienne de la sélection s’exer- çant sur des variations accidentelles). Mais l’expression : « caractères acquis » n’a pas à elle seule cette signification. On dit couramment, en anglais comme en français, que dans l’évolutionnisme, au sens large, les caractères spécifiques, et notamment les principes rationnels, sont « innés dans l'individu, mais acquis par l'espèce ».
B. Opposé à infus, dans la langue des mystiques : ce qui peut être obtenu par l'effort personnel, par l'habitude méthodiquement formée, tandis que la contemplation « infuse », est l'effet direct d’une « action de présence » et d’une initiative de la cause divine, à laquelle aucune industrie humaine ne peut suppléer.
Rad. int. : Aquirit.
2. ACQUIS, subst. D. Erworbene Kenntnisse ; E. Acquirements (pluriel) ; I. Acquistato, Acquisto.
Ensemble des connaissances acquises par un individu, en particulier par un élève. Ce terme est surtout usité en pédagogie.
Rad. int. : Aquirit.
« Acquisition de la connaissance », voir Élaboration*.
ACROAMATIQUE, du G. axpoaux, leçon orale ; D. Akroamatisch ; E. Acro- amatic ; I. Acroamatico.
Terme appliqué primitivement à cer-
Sur Acmé. — Diogène Laërce, ainsi que certains doxographes, fixait unifor- mément à quarante ans l’acmé des philosophes, et c’est souvent la seule date qu’il nous en donne : « “HpäxAertos … fxuale xata thv vi tavxai ÉEnxoothv Ohvuriade. (Ch. Serrus.)
Sur Acquis. — Article complété d’aprèsles indications de M. Berthod (remarque sur l'expression « hérédité des caractères acquis ») ; de M. Maurice Blondel (sens B) ; et de M. G. Beaulavon (Acquis, substantif).
ACROAMATIQUE
16
taines œuvres d’ARISTOTE ; synonyme d’ésotérique*, au sens A. S’oppose éga- lement à exotérique (p. ex. RENOUVIER, Philos. anc., 11, 39 et BouTroux, Études d’histoirc de la philosophie, 103, où il caractérise l’acroamatique comme étant l’enseignement de l’apodictique, de la science ; l’exotérique, celui du dialec- tique, du vraisemblable).
Par suite, acroamatique est pris quel- quefois au sens d’ésotérique B.
On dit aussi, mais rarement, acroa- tique.
Rad. int. : Akroamatic.
1. ACTE, D. Ta, Handlung; Tat- handlung (FicuTte) par opposition à Tatsache ; au sens légal, Akt ; — E. Act, Action, surtout au sens B ; — I. .{rto.
Voir Action*.
À. Psycu. Chez un être vivant, mou- vement d'ensemble, assez rapide pour être perceptible comme tel, et adapté à
ES
une fin. Sans épithète, désigne plus spécialement l'exécution d’une voli- tion ; avec épithète, s'applique égale- ment aux actes réflexes, instinctifs, automatiques, involontaires, etc. Le mot appelle cependant toujours cette idée que l’acte en question, alors même qu'il n’est pas volontaire dans sa cause, présente une apparence semblable, ou du moins analogue, à celle des actes volontaires.
B. Onrozocit. L'Être en tant que constitué par son action. « L’acte n’est point une opération qui s'ajoute à l’être, mais son essence même. » L. La- VELLE, De l'Acte, livre I, ch. 1v, p. 65. Il oppose ainsi l'acte, doué d’une par- faite. unité, à la pluralité d’actions qui lexpriment. Zbid., livre III, ch. xx, r. 363. Voir Observations.
C. ÉTuique. Événement dû à l’inter- vention d’un être susceptible de qua-
à
17
ACTE
————
à des causes physiques : un acte de courage. Un acte, en ce sens, peut ne pas être un mouvement perceptible, mais au contraire un arrêt, une inhi- bition*. Cf. Volonté*.
D. Socio. Opération ayant un effet
légal : un acte judiciaire ; — chose faite, établie, produisant ou pouvant produire un certain résultat ; — pièce
qui constate un fait : « Donner acte. »
2. Acte, L. scol. -ctus, traduction consacrée des termes aristotéliciens évépyetx et Évrehéxexr.
E. Étant donné que tout changement peut être : (a) possible ; (b) en train de s’accomplir ; (c) accompli, l’expres- sion en acte s'applique d’abord au mo- ment b par opposition : d’une part, au moment #, que désigne l'expression en puissance ; de l’autre, au moment c, c’est-à-dire à l’être réalisé et durable qui résulte «le ce changement. Aristote
désigne fréquemment (mais non pas toujours) le moment b par Evépyeux et le moment c par évrehéyeuo. Voir Mé- taphysique ®, 8 ; 1050222 : « ’Evépyera Aéyerar vard Tù Épyov Mal aœuvreiver mods Tv évrehéqeav. » Cf. BoniTz, Index, sub vo.
F. Le mot acte s'applique aussi au moment c, défini ci-dessus ; et il sert à traduire Évépyeux et évrehéyetx dans cette signification qui leur est com- mune : ce qui est posé à titre de fait, ce qui constitue une détermination présente, ou une propriété effective, que l’on peut prendre comme donnée. « ’Evépyeux Aéyeror tx mèv dc xÉvnoic npds Sdvauv (c’est le moment b défini ci-dessus) rà& dé &ç odola np6c tiva DAnv. » Métaph., ©, 6; 1048b8. « ’Evépyerx pro synonymo conjungitur cum ïis nomi- nibus quae formam significant, elôoc, uopph, Xéyos, To ri Av elvu, obaix,
lification morale et non pas seulement
| Sur Acroamatique. — Barthélemy Saint-Hilaire, aux mots Aristote et Acrouma- tique (dans le Dictionnaire de Franck) renvoie pour cette question à BuuLe,
Commentatio de libris aristotelicis acroamaticis et exotericis, tome I de son édition d’Aristote. (A. L.)
Sur Acte. — Cet article a été considérablement modifié par suite de la dis- cussion qui a eu lieu à la séance du 26 juin 1902.
— L'idée aristotélicienne de l’acte est profondément étrangère à la philosophie moderne. Nous pourrions peut-être nous la rendre plus accessible en l'exprimant en termes de conscience, en disant, par exemple : est en acte ce qui est pour soi- même, ou, peut-être, pour un sujet étranger, objet d'aperception (au sens leibnizien du mot}. — (J. Lachelier.)
— Act désigne essentiellement ce qui fait être, ce qui sous-tend la réalité à tous ses degrés et en toutes ses formes. C’est l’aspect intérieur et unificateur de ce que nous nous représentons comme cause ou comme fait, le principe à la fois réel et formel de ce que nous concevons comme subsistant et comme connaissable. Le fait même n’est perçu qu’en fonction d’un acte, qui dans le connaissant comme dans le connu, exprime ou suppose une unité organisatrice. (Maurice Blondel.)
— La notion d’acte a, chez Aristote, deux sens principaux {c’est à cette dis- tinction que fait allusion le texte de la Métaphysique cité sous la lettre E) : 10 L’acte est l'exercice même de l’activité, par opposition à la puissance de l’activité. Aristote établit une distinction entre l’activité qui tend à un but extérieur (p. ex. la construction), et l’activité qui est à elle-même sa propre fin (p. ex. la vision ou la pensée). Métaph., IX, 8 : 1050223-27. C’est aussi à cette distinction que se rapporte le texte bien connu de l’Éthique à Nicomaque sur l'Evépyerx dxumoiac, IL, 15 ; 1154027, Aristote distinguant la seconde activité de la première comme l'acte proprement dit du mouvement. — 20 L'acte est la forme, par opposition à la
matière. Considérée par rapport à l’activité, la forme en est la puissance. Aussi bien Aristote distingue-t-il deux degrés de l'acte : c’est dans ce sens qu'il dit que l’âme, laquelle est la forme constituant le corps organisé, est la première entéléchie du corps, le second degré de l’acte étant l’exercice même de la sensation ou de la pensée. (De anima, II, 1; 412227.) | :
D'autre part, lorsqu'il s’agit de l’activité qui tend à une fin extérieure, la forme est précisément cette fin et s’identifie, en un sens, avec l’activité elle-même : la maison, qui est le but auquel tend la construction, contient en soi la construction (Mét., IX, 8 ; 1050228-34). — Quant à l'activité qui est à elle-même sa propre fin, elle ne laisse pas d’être, elle aussi, identique à la forme puisque l'intelligent se confond avec l’intelligible, et que la pensée parfaite est pensée de la pensée. (Ch. Werner.) : .
— Ces dernières remarques de M. Werner semblent rétablir l'unité entre acte, exercice de l’activité, et acte, forme. La distinction capitale me paraît être ici celle du réel et du possible et de leurs divers moments : une possibilité indéterminée, quand elle se détermine, devient un acte du plus bas degré, mais cette sorte de puissance actuelle s'achève enfin en une réalité, qui est l’acte du plus haut degré. Le moment intermédiaire est celui dans lequel la détermination se fait, par l'application de telle forme à telle matière. Il fait apparaître une « nature » possédant telles propriétés, un vivant possédant telles fonctions, un agent possédant telles aptitudes : c’est le moment qu’Aristote appelle #Eç (habitus). C’est un acte auquel il manque encore de se manifester par des effets ou de s'exercer par la spéculation ou l’action ; la chose ou l'agent réalisent alors la perfection de leur forme. Exemples : il y a dans l’air une possibilité indéterminée de feu , si celle-ci 8e réalise en une « nature » déterminée ayant telles propriétés, c’est le feu ; mais cette nature n’est vraiment elle-même que quand le feu est dans son lieu propre ; — l'âme met le corps organisé, qui a la vie en puissance, en état de vivre {elle en est
ACTE 18
ônep rt. Métaph., H, 2, 1042 sqq. » BoniTz, Index, sub Vo. Le mot acte, en ce sens, ne marque plus ni un mou- : vement ni un passage, mais au con- traire une réalité donnée.
Cette opposition disparaît dans les expressions in actu, en acte; cela crée souvent une équivoque.
CRITIQUE
On voit par ce qui précède de quelles sources multiples vient l’usage que nous faisons aujourd’hui du mot acte. On peut dire cependant que ce mot ne présente plus, dans la langue contem- poraine, que deux grandes classes de signification : l’une se rattachant au latin actus et dont le type essentiel est le sens A ; l’autre venant surtout du : neutre actum, et dont le type essentiel est le sens C :
1° Mouvement volontaire d’un être ; changement en tant qu'il est considéré par rapport à un individu qui le produit (cet individu pouvant être une per- sonne morale, d’où le sens B).
29 Résultat de l’action, chose pré- sente, acquise, « actuelle », d’où l’on peut partir comme d’une donnée, soit dans la théorie, soit dans la pratique.
Il est à remarquer que ces sens cor-
8. « Acte pur. » 1° évépyeux à xaP abtrv, état du Dieu d’ARISTOTE ( Méta- physique, À, 7; 1072 a-b) dont la nature ne comporte rien en puissance et dont la pensée est la pensée de sa pensée. (Zbid., 1074b34.)
20 Actus purus, BAcoN, Novum Orga- num, II, 2 et 17. Processus dont la puissance de transformation est réa- lisée tout entière en chaque moment du temps ; essentiellement, par consé- quent, et peut être exclusivement, le mouvement mécanique : « Actus sive motus. » (/bid., I, 54.)
l'acte premier, où l’entéléchie première), mais l'exercice même des fonctions de la vie est un acte plus élevé ; — il y a dans l’être animé une puissance sensitive indéterminée, qui le caractérise ; elle se détermine, par exemple, en fonction visuelle (ë6Wuc), laquelle à son tour s’exerce et donne lieu à une vision de fait {(6pæeric) ; — il y a dans le fer une puissance indéterminée de couper ; elle est déterminée en figure de hache, mais la perfection de l’acte de la hache, c’est l'instant où elle tranche ; — il y a dans l’homme une puissance indéterminée d'apprendre telle science ou telle technique ; cette puissance se détermine par une instruction appropriée en un savoir ou une habileté ; mais une telle aptitude n’est plemement actuelle que lorsqu'elle s'exerce. Voilà pourquoi le mouvement est un acte, mais un acte imparfait, l'acte de ce qui est en puissance en tant précisément que cela est en puissance ; bref, une « réalité en train », la réalité du passage à la réalité de la forme achevée. (L. Robin.)
Chez KanT, chez Ficure, les mots Tat et surtout Tathandlung sont employés au sens B, et impliquent toujours l’idée de liberté. (Xavier Léon. F. Fauh.)
Le sens C n'est-il pas étranger à la philosophie ? (M. Bernès.) — Il est assez voisin de celui d’évrekéysta, et il influe par association sur les autres usages philosophiques du mot. Il y suggère l’idée non seulement d’une action A, mais d’une action qui produit un résultat, qui crée un réel : « Préférer les actes aux paroles, etc. » (A. L.)
Sur Acte et Activité. — « On peut demander pourquoi nous employons le mot acte, qui semble toujours désigner une opération particulière et limitée, plutôt que le mot activité, qui désigne la puissance même d’où tous les actes dérivent. Il y a à cela une quadruple raison que comprendront très vite tous ceux qui auront saisi la signification de notre analyse : c’est que le mot activité est abstrait, tandis que le mot acte est concret (il est l'essence de l’activité, qui n’est elle-même que le
LA
19 ACTION
respondent assez exactement aux deux | Cultés cognitives (cognitive powers) », randes divisions qu’établit Arisrore | comprennent pour lui les sentiments* Éans les sens d’évépyeux (voir ci-dessus, | et l’activité*, B. Voir (S).
F) et qui s'appliquent également aux Habitudes actives, voir Habitude*. deux sens de Süvauc, selon Bonirz,
Index, sub Vo, 2062). Il ne faut pas | OT Re Ga oublier cependant que ces deux sens duction consacrée du vod &rx6x;c d’Aris-
ont fréquemment réagi l’un sur l’autre iQ (Hept por 111, 429023) et du vobc et produit des conceptions intermé- ane dd diaires ou composites, qui ne corres- . : . pondent à rien de solide. EXPEESSIONS dont la synonymie ‘al Pour les différentes nuances d’Acte di Per 1er Ds a : Le essus. Elle s'oppose à voüs raÜnrixéc, Re A s Pr HA et intellect passif ». Zbid., 130424, c Abbas D. Ag: E “ALU en Cette opposition a été entendue en ' Et RENE É des sens très divers par les philosophes ACTIF, D. Täug, Aktiv ; E. {cuve ; | postérieurs. Voir notamment LEiBNiz, 1. Attivo. : Considérations sur la doctrine d'un Psycx. À. En train d'accomplir un | esprit universel ; MALEBRANCHE, Rech. acte-A* {opposé à inactif). de la Vérité, 111, ch. 11, 1. B. Qui accomplit fréquemment ou Rad. int. : À. C. Agant , B. Agem; volontiers des actes-A* (opposé à | D. Agiv. paresseux}. | C. En train d'accomplir une action ACTION, D. Tu, Handlung ; quand au sens À ou au sens B. on veut insister sur le caractère causal D. Capable d’exercer une action au | de l’action et sur l'effet produit sens B. S’oppose dans ces deux sens à | Wirkung ; — E. Action, activity ; -- passif. Les « facultés actives factice | |. Azione. powers) », opposées par Reid aux « fa- A. Opération d’un être considérée
Intellect actif (intellectus agens). Tra-
nom générique des actes particuliers) ; — que le mot activité n’exprime jamais qu’une possibilité, tandis que le mot acte exprime un accomplissement ; — que l’activité aurait besoin pour s'exercer d’un ébranlement extérieur à elle, au lieu que l'acte est. générateur de lui-même ; — que l’activité appelle son contraire, qui est la passivité, mais que l'acte n’a pas de contraire, de telle sorte que les actes ne diffèrent pas les uns des autres en tant qu’actes, mais justement par le mélange d'activité et de passivité auquel on peut les réduire. » L. LAveLLE, De l’Acte, livre I, ch. 1, p. 13.
— Sur les mots Acte, Action, Activité, Agent, voir l’étude de R. Bouvier dans la Revue de Synthèse, tome XIII (1937), p. 191-197.
Sur Actif. — M. M. Marsal fait remarquer que la confusion est grande dans l'usage de ce mot : les mêmes opérations de la perception, passives aux yeux de Reid en tant que cognitives, sont actives aux yeux de Biran en tant qu’opérations.
Ed. Claparède dénonce la même confusion, et distingue : 1° actif au sens de spontané, avant son origine dans l'individu considéré ; il s'oppose à ce qui vient du dehors ; —- 2° actif, au sens de productif, de constituant une dépense d’énergie.
Voir au Supplément à la fin de cet ouvrage l'analyse détaillée qu’il a donnée de ces deux sens.
Sur Actif (Intellect). -— Cf. RENAN, Averroés et l’Averroïsme, 17e partie, Ch. «1. (R. Berthelot.)
ACTION
comme produite par cet être lui-même, et non par une cause extérieure. « Il est assez difficile de distinguer les actions de Dieu de celles des créatures; car il y en a qui croient que Dieu fait tout, etc. » LEipniz, Discours de méta- physique, ch. vi.
Plus spécialement, exécution d’une volition. « … Quelque chose qui est en lui, et que rien, non pas même ce que lui-même est avant le dernier moment qui précède l’action, ne prédétermine. » REexouvien, Science de la morale, I, 2.
B. Par suite, influence exercée sur un autre être. « Tout ce qui se fait ou arrive de nouveau est généralement appelé par les philosophes une passion au regard du sujet auquel il arrive, et
Ce
20
l'agent et le patient soient souvent fort différents, l’action et la passion ne laissent pas d’être toujours une même chose qui a ces deux noms, à raison des deux divers sujets auxquels on peut la rapporter. » DESCARTES, Pas- sions de l'âme, 1re partie, art. 1 — Cf. Transitive* (action).
Au sens physique (très fréquent dans les sciences) : « L'action des acides; les actions lentes (en géologie) ; l’action de la lumière sur les organismes. »
C. En mécanique, sens technique : produit d’une énergie par un temps. — Sur la différence de l’action dite « maupertuisienne », et de l’action dite « hamiltonienne », ainsi que sur le principe de lu moindre action, voir ci-
21 CHR
D. (Opposé à inuction.) Activité, travail, effort. « 1] n’est pas requis plus d'action pour le mouvement que pour le repos. » DESCARTES, Principes, Il, 26.
En particulier, effort moral : « La certitude est une région profonde où la pensée ne se maintient que par l’action. Mais quelle action ? Il n’v en a qu’une: celle qui combat la nature et la crée ainsi, qui pétrit le moi en le froissant. Le mal, c’est l’égoiïsme, qui est au fond lâcheté : la lâcheté, elle, a deux faces : recherche du plaisir et fuite de l'effort. Agir, c’est la combattre. » J. LAGNEAU, Fragments, Revue de Métaph., 1898, p. 169.
E. (En tant que l’on distingue l’ac- tion de l'intelligence, ou de la pensée) : la spontanéité des êtres vivants, et
ACTION
rant radicalement de la représentation et opposé à celle-ci (voir ci-dessus la division de Re1p, citée à l’article actif *}; — soit comme étant « ce qui enveloppe l'intelligence, la précédant et la prépa- rant, la suivant et la dépassant ; par conséquent, ce qui, dans la pensée même, est synthèse interne plutôt que représentation objective. » Lettre de M. Maurice BLzonpre à M. Lalande sur l'article Action, dans la première édi- tion du Vocabulaire (S). Cf. l'ouvrage du même auteur intitulé L’ction.
CRITIQUE
Le mot action tire son caractere phi- losophique du terme agir (agere, pous- ser), qui se rattache d’un côté au sen-
une action au regard de celui qui fait | dessous l’article et, au Supplément, les “ HR . : qu'il arrive; en sorte que bien que ! observations de M. René BERTHELOT.
Sur Action. — Cet article a été remanié dans la 4€ édition.
Le sens À était défini, dans la rédaction primitive : « Changement d’un être considéré comme produit par cet être lui-même, etc. » MM. Maurice Blondel et Ch. Werner m'ont écrit que « changement » leur paraissait impropre, une pensée contemplative, ou une volonté immuable étant aussi des formes d'action. M. M. Bzonoez, sans formuler de définition proprement dite, donnait de l’action l'analyse qui est reproduite ci-dessous ; M. WERNER proposait : « Développement de la puissance qui appartient à un être de par sa nature. » — La question a été sommairement examinée, mais non résolue, à la séance du 3 mai 1923. On y a écarté la définition : « Développement de la puissance. », ainsi que la formule (proposée par un des membres de la Société) : « Ce qui, dans un être, est considéré comme produit par cet être lui-même, etc. » Aucun texte n’a été approuvé d’un commun accord ; ons’est arrêté à maintenir, faute de mieux, la rédaction primitive, tout en m’engageant à chercher encore quelque terme qui échappât, si possible, à l’objection indiquée. J’ai cru pouvoir adopter finalement le mot « opération », employé d’ailleurs par M. M. BLoNDEL dans la note suivante, et qui m'a paru assez général pour donner satisfaction aux scrupules indiqués. Cf. « Opus quod operatur Deus a principio usque ad finem, summaria nempe naturae lex... » Bacon, De dignitate et augm. scient., livre III, ch.1v, citant L’Ecclésiaste, III, 11. (A. L.)
— Le mot action, plus concret qu’'acte, exprime ce qui est à la fois principe, moyen et terme d’une opération qui peut rester immanente à elle-même. Pour en comprendre et en hiérarchiser les diverses acceptions, il est bon d’user de la dis- tinction traditionnelle entre moeïv, npétreuwv et Geuwpeïv — 1° L'action peut consister à modeler une matière extérieure à l’agent, à incarner une idée, à faire coopérer, pour une création artificielle, diverses puissances physiques ou idéales. — 2° L'action peut consister à façonner l’agent même, à sculpter ses membres et ses habitudes, à faire vivre l'intention morale dans l’organisme, à spiritualiser ainsi la vie animale elle-même, et, par elle, la vie sociale. — 3° L'action peut consister à
timent intérieur de l'effort et de la : volonté, de l’autre aux mouvements
particulièrement de l’homme, conçue soit comme un ordre de facultés diffé-
réaliser la pensée en ce qu’elle a de plus universel, d'éternel : la contemplation, au sens fort et technique, est l'action par excellence. Dans le premier sens, l’action semble s'opposer à l’idée ; elle lutte pour dominer une matière plus ou moins rebelle, mais elle doit finalement profiter de cette lutte mème, et s'enrichir par la collaboration de ses moyens d’expression. Dans le second sens l’action semble s'opposer à l'intention, qu'elle risque de traduire imparfaitement et de détériorer, mais qu’au contraire elle doit préciser, féconder, achever. Dans le troisième cas laction contemplative semble s'opposer aux démarches et à l'agitation discursive de la méditation ou de la pratique ; mais en réalité elle exprime l'unité parfaite de l'être et de la connaissance que préparent les conflits provisoires et subalternes de toutes les puissances extérieures, intérieures, supérieures enfin réconciliées, hiérarchisées, actualisées. Il ne faut donc pas conclure de ces conflits transitoires à une hétérogénéité radicale et finale entre pensée et action. Cette prétendue opposition, qu’en ces dernières années on a maintes fois alléguée, impliquerait une double erreur : il faudrait, pour qu’elle fût réelle, que la pensée se bornât à être un système de représentations, de relations, d’abstractions notionnelles, détachées de la vie, et se substituant à elle ; or c’est faux ; et il faudrait que l’action fût une Poussée de puissance irrémédiablement obscures, que la conscience ne saurait éclairer, reprendre à son compte, conquérir et parfaire ; or c’est également faux. L'action doit constituer la synthèse de la spontanéité et de la réflexion, de la réalité et de la connaissance, de la personne morale et de l’ordre universel, de la vie intérieure de l'esprit et des sources supérieures où elle s’alimente. Joubert a dit : « Penser à Dieu est une action. » Saint-Jean-de-la-Croix avait dit plus profondé- ment : « L'action qui enveloppe et achève toutes les autres, c’est de penser vraiment à Dieu. » (Maurice Blondel.)
. Au sens moral, « action » signifie décision, démarche, intervention efficace, par initiative propre, d’une activité volontaire qui n’est déterminée ni par sa nature, ni par rien d’extérieur à elle ; en sorte que si l’action, ainsi entendue, n’est pas
ACTION
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extérieurs qui en sont la manifesta- tion, ou qui ont primitivement suggéré à des observateurs anthropomorphistes
Anfang war die T'at », qu'il substitue à das W'ort (le verbe), der Sinn {la pensée), et dans lequel il absorbe die
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l’idée d’une relation analogue : l’action de l’eau sur le feu, par exemple, étant conçue comme une lutte et un effort. De plus, comme l’a fait remarquer Josiah Royce (Bazpwin, V9 Activity), la théorie d’Aristote qui fait de Dieu «l'acte pur » en même temps que l’Être suprème, a causé une forte association d'idées, et souvent même une confusion entre ce terme et celui de réalité. On en retrouve la trace dans la célèbre formule : Ce qui n'agit pas n’est pas, qui peut signifier que la réalité dépend de l’action À (de l'existence d’une na- ture propre, ce qui est presque une tautologie) ; ou de l’action B (exercée sur les autres) : ou de l’action au sens éthique D, c'est-à-dire de l'effort. Il en est de même de la conclusion de Faust : « Au commencement était l’action, -1m
Kraft (la force). Elle peut désigner soit le caractère éternel et primitif du deve. nir, par opposition à l’idée d’une cause transcendante ; soit l’antériorité du non-intellectuel sur l'intellectuel ; soit encore la croyance animiste que le monde entier repose sur un effort ana- logue au désir dont nous avons cons- cience. (Le plus probable est d’ailleurs que ces idées différentes, conciliables ou non, ont été à la fois aperçues par lPauteur, et que de leur multiplicité mème, confusément sentie, résulte l’im- pression de profondeur que donne ce vers.)
Rad. int. : À. Ag; B. Influ,; C. Ak- cion ; D. Labor ; E. Akcion.
Action (Principe de la moindre). — Proposition de mécanique qu’on peut
toujours création d’être, c’est toujours création d'événement, de phénomène, donc toujours un commencement dont la volonté qui le produit est responsable. — Au sens physique, comme lorsqu'on parle de l’action des acides, de laction du feu, de l’action de la masse, etc., le mot action signifie au contraire quelque chose qui résulte de la nature même de l’agent, l'agent quel qu'il soit, étant conçu comme déterminé à le produire en raison des propriétés qui le constituent, et dont, à aucun degré, on ne l’imag'ine responsable. — C'est ainsi que jadis on distinguait les actus humani, ou actions que l’homme accomplit en le sachant et en le voulant, et les actus hominis, ou actions que l’homme produit, sinon sans le savoir, du moins sans le vouloir, de par ce qu'il est naturellement. (L. Laberthonnière.)
— Le sens C a é té ajouté sur la proposition de MM. René Berthelot, Brunschvicg, Louis Weber.
Sur le sens E. — La plupart du temps, quand on distingue l’action de l'intelli- gence. c’est pour distribuer des prix à l’une ou à l’autre, pour les classer et les hiérarchiser. — Tantôt, au nom de l’action, on adresse des malédictions à la pensée pure, et l’on vit dans ce que J. St. Blackie appelle « /a folie de l’extériorité » ; tantôt on déclare que la pensée est supérieure à tout et que l'action n’en est jamais qu’une imasge affaiblie. C’est proprement alors l’impuissance de contempler, &oféverx Bewptac ; l'action devient une grande pauvreté. « Oh faiblesse d’agir...! » Quand on est sûr de ses idées, à quoi bon les faits qui les confirment ? Cf. le mot célébre de Villiers dans Axel : « Vivre. les serviteurs feront cela pour nous. » (Louis Boisse.) — Cf. du même auteur : le Fétichisme de l’action (Action morale, 15 nov. 1902).
ACTIVISME
énoncer sous une forme générale (pré- cisée depuis le xvue siècle de diverses manières chez Fermat, Maupertuis, Euler, Hamilton) en disant que l’ac- tion, au sens C, est constamment un minimum (ou un maximum) ;ouencore, et plus généralement, que sa variation est nulle, qu’elle possède une valeur stationnaire (d’où le nom de « Principe de l’action stationnaire », dont on fait quelquefois usage aujourd’hui). Cette proposition a été considérée, tantôt comme ayant une portée métaphy- sique ; tantôt comme une vérité qui relève uniquement de la science posi- tive ; tantôt comme le principe fonda- mental de la mécanique, tantôt comme un théorème démontrable à partir des lois générales du mouvement.
Sur l’histoire de ce principe, et sur l'usage qui en est fait par les physiciens contemporains, voir le Supplément à la fin de cet ouvrage.
Philosophie de l’action.
A. Doctrine philosophique de M. Mau- rice BLONDEL, principalement exposée dans son ouvrage L’Action (1893). « Elle s’est attachée à ces deux problèmes et dans cet esprit : 1° Étude des rapports de la pensée avec l’action, de manière à constituer une critique de la vie et une science de la pratique, dans le dessein d’arbitrer le différend entre l'inteliectualisme et le pragmatisme par une « philosophie de l’action » qui enve- loppe une « philosophie de l’idée » au lieu de l’exclure ou de s’y borner. — 20 Étude des rapports de la science avec la croyance et de la philosophie la plus autonome avec la religion la plus positive, de manière à éviter le rationalisme aussi bien que le fidéisme, et dans le dessein de retrouver, par un examen rationnel, les titres intrin-
sèques de la religion à l’audience de tous les esprits. » Lettre de M. Maurice BLonpeLz à M. Lalande, sur l'épreuve de cet article (2e édition). — Voir ci- dessous Jntellectualisme*, Pragmatis- me* ; et La Signification du pragma- tisme, par M. Paropt, dans le Bulletin de la Société de philosophie, juillet 1908, avec une lettre de M. BLONDEL.
B. En un sens différent, et plus large, se dit du pragmatisme, de l’humanisme, de l’instrumentalisme, et de toutes les doctrines qui soutiennent la primauté de l’action par rapport à la représen- tation.
« Activation des tendances » (Pierre JANET), voir plus loin l’article Attente*.
« ACTIVE (École) ». — « On appelle ainsi, en pédagogie, l’école fondée sur le principe de l'éducation fonction- nelle. » (Ed. Claparède.) — Voir Fonc- tionnel*, A.
Pour les équivoques du mot « ac- tive » dans cette expression, voir les observations sur Actif, dans le Supple- ment à la fin du présent ouvrage.
« ACTIVISME », D. A ktivismus ; E. Activism ; |. Attivismo.
A. « Prendre la file immédiate, étu- dier le passé qui agit d’une façon dis- tincte et continue sur nous, se placer au point de vue du présent, c’est l’ac- tualisme, ou si l’on veut l’activisme que nous croyons justifié dans les recherches morales. » F. Raux, Études de morale, p. 204.
B. Eucken, dans les Geistige Strô- mungen der Gegeniwartl, a distingué du pragmatisme ce qu’il appelle Pacti-
1. Les courants spirituels contemporains.
Principe de la moindre action. — Nouvelle rédaction due à M. René Berthelot.
Il a bien voulu y joindre un commentaire historique, trop étendu pour être inséré Sur la CRITIQUE. — De l’adage : « Ce qui n’agit pas n’est pas », on peut rap- ici, mais qu’on trouvera au Supplément à la fin du présent ouvrage. | procher aussi la formule : « Un être est où il agit », formule qui se rencontre chez
1 les Scolastiques, et dont déjà les Stoiciens faisaient usage. (R. Berthelot.) Sur Astivisme, — Texte de A.‘J. Jones communiqué par GC, C,:J. Webb,
ACTIVISME
visme. « The position Eucken adopts is one of Activism. In common with pragmatism, it makes truth a matter of life and action rather than of mere intellect, and considers fruitfulness for action a characteristic of truth. He differs from the pragmatic position in that he contends truth is something deeper than mere human decision, that truth is truth not merely because it is useful, that reality is independent of our experience of it, and truth is gained intuitively through a life of actiont. » À. J. Jones, Rudolj Eucken, a Philo- sophy of Life, p. 41.
ACTIVITÉ, D. Aktivität, Tätigkeit ; faculté : Wirkungsfähigkeit (EISLER) ; — E. Activity (plus large : signifie éga- lement action ou ensemble d’actes) ; — I. Attivita.
A. Caractère de l'être qui est actif*, aux divers sens de ce mot.
B. Synonyme d'action aux sens D, E, avec des nuances : action est plus concret et d’une allure plus moderne ; activité plus scolaire ct plus neutre. Ce mot sert, depuis une cinquantaine d'années, dans la plupart des cours de philosophie français, à désigner le groupe des phénomènes psychologiques que forment la volonté, l'instinct, les tendances, l’habitude, et autres faits
1. La position qu'adopte Eucken est celle de l'acti- visme. Comme le pragmatisme, elle fait de la vérité une affaire de vie et d'action plutôt que de pur intellect, et considère la fécondité pour l’action comme un carac- tère essentiel de la vérité. Elle en diffère en ce qu'il sou- tient que la vérité est quelque chose de pins profond que la pure décision humaine, que la vérité n'est pas vérité uniquement parce qu'elle est utile, que la réalité est in- dépendante de l'expérience que nous en avons, et qu’on obtient la vérité intuitivement, par une vie d'action. »
à
24 de même caractère ; il a succédé dans cet emploi au mot volonté, qui formait précédemment (avec sensibilité et intel. ligence) l’une des trois divisions consa- crées de la psychologiet.
CRITIQUE
Voir action*. — Ce mot paraît impos- sible à remplacer par d’autres termes plus spéciaux et plus précis dans le langage français de la philosophie usuelle. I] ne pourrait recevoir de dé- termination exacte que dans une langue artificielle à suffixes bien déterminés : « Agad, agantes, agives, agemes ; ago- fakultat ; labor, laborad, etc. »
ACTUALISATION, D. E. Actuali- zing ; |. Attualizzazione.
Fait de rendre actuel, au sens À, de faire passer de la puissance à l’acte.
Rad. int. : Aktualig.
« Actualisme », voir Activisme*, A.
ACTUEL, D. Aftuell (Wirklich dé- signe surtout l’idée de réalité) ;, — E. Actual ; 1. Attuale.
A. Qui est en acte, aux sens Det E, par opposition à ce qui est en puis- sance, et qu’on nomme virtuel* ou potentiel*. L’énergie* actuelle ou ciné- tique est celle qui consiste en une force vive ; l'énergie potentielle consiste en un état dans lequel nous ne discernons
1. Voir paroxemplele Manuel de Philosophie d'Amédée Jacques, Jules Simon, Emile SA1SSET (1846). La 4° édi- tion (1863) porte encore la même division, mais elle contient le programme du 10 juillet 1863 où l'on dit : « Des facultés de l'âme : sensibilité, facultés intelleo- tuelles, activité. »
Sur Activité. — M. Th. de Laguna précise le sens du mot anglais activity : « Nous pouvons parler, nous écrit-il, des charitables activities d’un homme ; et le mot dans ce cas ne s’applique pas à chaque acte particulier de charité, mais aux diverses directions dans lesquelles sa charité se manifeste. »
Sur Actuel. — L’anglais a conservé à l’adjectif actual et à l’adverbe actually un sens à la fois très usuel et très voisin du sens aristotélique. (J. Lachelier.) — On en trouve aussi quelques traces en français en dehors de l’usage propre-
35
a
pas de mouvement perceptible (énergie chimique, énergie contenue dans le système de deux corps immobilisés qui se repoussent ou s’attirent suivant une certaine loi).
B. Présent, qui existe ou se fait au moment où l’on parle.
C. Sens divers : « Grâce actuelle », en théologie s'oppose à grâce habituelle ; « péché actuel » à péché originel ; « vo- lonté actuelle » à volonté potentielle ; «intention actuelle » à intention vir- tuelle. LITTRÉ, sub Vo.
Rad. int. : Aktual.
ACUITÉ (sensorielle), D. Schürfe ; E. Acuteness ; 1]. Acutezza.
Capacité pour les sens : 1° de perce- voir des excitations plus ou moins faibles ; — 2° de distinguer deux per- ceptions plus ou moins voisines en distance ou en qualité.
Rad. int. : Akutes.
« Adaptat », cf. Agrégat*.
ADAPTATION, D. Anpassung ; E. Adaptation ; 1. Adattamento.
A. État de ce qui est en harmonie avec son milieu, ou, plus généralement, avec ce qui agit sur lui.
B. Modification d’une fonction ou d’un organe ayant pour résultat de les mettre en accord avec tout ou partie de leur milieu, soit interne, soit externe.
ADDITION LOGIQUE
REMARQUE
J. M. Bazrowix et LLoyp Morcan proposent de restreindre le mot aux adaptations acquises et fixées, parti- culièrement par l’hérédité, et de dési- gner les premières variations indivi- duelles par le mot accommodation* (Dict. of philos. and psych., sub Vo). — TARDE l’applique, au contraire, à l’état des éléments, organiques ou non, qui sont coordonnés ensemble, ou subor- donnés à leur milieu. Les lois sociales, chap. mnt.
Rad. int. : À. Adaptad ; B. Adaptur.
ADDITION LOGIQUE, D. Logische Addition ; E. Logical addition ; 1. Ad- dizione logica.
Opération logique applicable aux concepts (ce qui en est l’usage le plus ordinaire) et aux propositions. Elle est représentée soit par +, soit mieux par U.
A. La somme logique de deux (ou plusieurs) concepts (ou, plus exacte- ment, de leurs extensions) est l’en- semble des individus qui font partie de l'extension de l’un quelconque d’entre eux. Exemples : les Anglais et les Fran- çais ; les Européens et les Russes.
B. La somme logique de deux (ou plu- sieurs) propositions est la proposition qui affirme que l’une (au moins) de ces propositions est vraie. Voir Disjonction*.
Rad. int. : Adicion(o) logikal(a).
ment philosophique : « Serait-il de la bonté d’un prince : 1° de donner à cent messagers autant d'argent qu’il en faut pour un voyage de deux cents lieues... 40 d’emprisonner actuellement quatre-vingt-dix-huit de ces messagers dès qu’ils seraient de retour ? etc. » BayLE, Réponses aux questions d'un provincial, ch. 94,
cité dans LEIBNIZ, T'héodicée, $ 161. — ComTE emploie de même actualité au sens de réalisation effective : « Ce moyen. ne saurait jamais comporter toute l'actualité nécessaire pour qu’il pût entièrement suffire... » (11 s’agit de la mesure du temps
par la position des étoiles.) Cours de philos. positive, 20° leçon. (A. L.)
Sur Addition logique. — La rédaction du $ B a été modifiée conformément à la Proposition de M. Th. de Laguna.
— L'emploi de cette expression tient à ce que l’opération logique dont il s’agit Présente toutes les propriétés formelles de l'addition arithmétique, sauf celle exclut le principe de tautologie aXaxXa.…—a; a+a+a.—=a. (R. Berthelot.)
ADÉQUAT
ADÉQUAT (du L. Adæquatus); D. Adäquat ; E. Adequat ; I. Adequato.
A. Se dit d’une idée qui représente parfaitement et complètement son ob- jet, d’une énonciation qui ne diffère en rien de ce qu’elle est destinée à énoncer.
B. Pour SPiINozA, une idée est adé- quate, lorsqu'elle possède toutes les propriétés ou dénominations intrin- sèques de l’idée vraie*, Éthique, II, Déf. 4.
C. Pour LE1BNIz, une connaissance adéquate est une connaissance dis- tincte dont les éléments eux-mêmes sont distincts, c’est-à-dire une notion qui est entièrement analysée en notions simples, de sorte qu’on en connaisse a priori la possibilité*. Discours de Métaph., ch. xxiv.
Rad. int. : Adokuat.
AD hominem (Argument). Se dit d'un argument qui ne vaut que contre l’ad versaire que l’on combat, soit que cet argument se fonde sur une erreur, une inconséquence ou une concession de l'adversaire, soit «qu’il vise tel ou tel détail particulier à l’individualité ou à la doctrine de celui-ci.
« À DICTO secundum quid ad dictum simpliciter » (mot à mot : de ce qui est dit relativement à quelque chose, à ce qui est dit sans restriction) ; formule classique traduisant ARISTOTE : « xati td rfxai amA&G » Des sophismes, 168b11.
Sophisme consistant à passer d’une
à 4
26 assertion vraie dans un domaine limité (par exemple que tel régime est bon pour tel tempérament) à l’assertion générale correspondante (que ce ré. gime est bon en soi, et pour n’importe qui).
AD judicium, (Appel) au jugement, est opposé par Locke aux divers argu- ments ad hominem, ad ignorantiam, ad verecundiam. Essay, IV, xvir, 22.
AD ignorantiam, (Appel) à l’igno. rance. — On nomme ainsi différentes manières de raisonner, généralement sophistiques :
A. Profiter de ce que l’interlocuteur ignore un fait qui s’opposerait à l’ar- gument invoqué. Cf. Subreption*.
B. « Exiger que l’adversaire admette la preuve ou qu’il en assigne une meil- leure. » LeiBniz, Nouv. Ess., IV, xvu, 20 (résumant Locke, Essay, même ja- ragraphe). Il en distingue deux formes : l’une à laquelle il conserve le nom d'ad ignorantiam, et qui consiste à imposer à l’adversaire l’onus* probandi ; l’autre qu’il appelle ad vertiginem (appel au vertige), mais qui est probablement ce que visait Locke ; « c’est, dit-il, quand on raisonne ainsi : si cette preuve n’est point reçue, nous n’avons aucun moyen de parvenir à la certitude sur le point dont il s’agit ; ce qu’on prend pour une absurdité ».
Voir, dans la suite du texte, la dis- cussion des cas où ces arguments peu- vent être valables.
27
ADMETTRE, D. Zulassen, zugeben ; annehmen (surtout aux sens C et D); — E. A. to admit; to assume (voir Assomption*, observations) ; — I. Am- mettere.
1° En parlant des hommes :
A. Reconnaître, ou tenir pour vrai. « Je l’'admets. » — « Il est admis que... » _— « Une opinion admise. » — « Des- cartes admet que l'esprit est plus aisé à connaître que le corps. »
Le mot, en ce sens, implique presque toujours une réserve ; ou bien on veut indiquer qu'on se borne à ne pas nier une certaine thèse, au moins pour le moment ; ou bien on veut rappeler que celui dont on parle n’a fait que sous- crire à une idée courante, sans la cri- tiquer; ou encore on annonce par l'emploi de ce terme qu’on a soi-même des objections contre ce qu’un autre a «“ admis ».
B. Accepter à titre d’instrument in- tellectuel, de règle ou de convention établie. « Une classification admise. » — « Admettre les rejets » (dans la versi- fication) ; — « les accords dissonants » (dans la composition musicale), etc.
C. Recevoir à titre de principe pro- bable ou approché, dont l'usage est
ADMIRATION
plus ou moins complètement justifié par les prévisions ou les applications qu'il rend possibles. « Nous admettrons que l’action des corps très éloignés est insensible. » — « On peut admettre pour le rapport de la circonférence au diamètre la valeur 3,1416. »
D. Prendre pour point de départ d’un raisonnement une proposition (lexis*) sans s'inquiéter de savoir si elle est vraie ou fausse, probable ou improbable, mais seulement afin d’éta- blir quelles en sont les conséquences. « Admettons que le nombre des étoiles soit infini. »
29 En parlant des choses :
E. Comporter ; être apte à recevoir par sa nature. « Ce texte admet plu- sieurs interprétations. » — « Une règle qui n'’admet pas d’exceptions. » Voir Assomption* et Hypothèse*.
Rad. int. : À. Agnosk ; B. Konsent; C. Grant ; D. Postul ; E. Admis.
ADMIRATION ({L. .idmiratio). Outre son sens usuel, ce mot présente chez Descartes le sensétymologique d’éton- nement. Il la considère comme étant à l'origine de toutes les passions. (Traité des passions, Deuxième partie, art. 53.
Sur Admettre. — Article omis dans la première édition, et ajouté pour tenir compte des distinctions analogues établies par M. de Laguna à propos des mots anglais Assumption et to assume. Voir Assomption, observations.
Sur Admiration. — Article complété conformément à une remarque, de
Sur Adéquat. — La définition de Spinoza, assez énigmatique si l’on considère ce texte isolé, aurait besoin d’être éclaircie à l’aide d’autres parties de l’Éthique. La conception fondamentale me semble être à peu près la suivante : une idée est adéquate dans un esprit quand elle s’y trouve accompagnée de toutes celles qui sont requises pour en rendre pleinement raison. (E. Leroux.) — Il est difficile d'exprimer en quelques mots le sens et la portée d’une formule spinoziste, sans prêter à la controverse, que nous avons préféré, ici comme en d’autres passages, renvoyer purement et simplement au texte ; il serait trop long d’en rapprocher tous les passages nécessaires pour le commenter ; nous nous bornons donc à insérer la remarque de M. Leroux, qui nous paraît très propre à orienter l'esprit dans la recherche de ce commentaire. (A. L.)
Louis Prat, qui insiste sur le caractère primitif de admiration chez Descartes : «“ Quamprimum nobis occurrit aliquid insolitum objectum, et quod novum esse judicamus, aut valde differens ab eo quod antea noveramus, vel supponebamus esse debere, id efficit ut illud admiremur et eo percellamur. Et quia hoc contin- gere potest antequam ullo modo cognoscamus num illud objectum sit nobis Conveniens necne, Admiratio mihi videtur esse prima omnium passionum. » Descartes, Passions de l’âme, 2° partie ; début de l’article Lin.
Le terme admiration comporte trois usages philosophiques : 19 Chez Aristote ou Spinoza, le vulgaire admire que les choses soient comme elles sont ; le savant admirerait qu'elles fussent autrement : la connaissance de la nécessité inhérente
l’ordre total supprime donc l'admiration ou la transforme en une impassible Contemplation intellectuelle. — 2° Chez Descartes, l'admiration est la passion fondamentale du philosophe (Traité des Passions, 11, 53) ; consistant d’abord en Une surprise qui provoque la recherche et reste l'âme de la philosophie parce qu’il
ADVENTICE
ADVENTICE {L. .idventitius). Cogi- tationes adventitiæ, Idées adventices, DEscarTEs. Celles qui nous sont four- nies par les sens. S’oppose aux idées innées, et aux idées factices, c’est-à-dire construites. Troisième Méditation, $ 8
AD verecundiam, (Appel) au respect,
ou peut-être plus exactement à l’inti- midation. C'est, dit LeirBxiz (résumant Locke, Essay, IV, xvi1, 19) « quand on cite l’opinion de ceux qui ont acquis de l'autorité par leur savoir, rang, puissance, ou autrement; car lors- qu’un autre ne s’v rend pas prompte- ment, on est porté à le censurer comme plein de vanité et même à le taxer d’insolence ». Vouveaux Essais, Ibid. — $e dit en particulier de l’appel à une opinion universellement admise, ou censée telle.
28
AFFECTER (L. Afficere, Affectare) . D. Afjisieren ; E. Affect ; I. Commuo. vere.
A. Exercer une action, au sens B. Xe s'emploie que quand l’objet de cette action est un être vivant. Voir Affec. uif*. « La lumière affecte la rétine. »
B. En particulier, exercer une action sur la sensibilité* ; et plus spécialement encore, produire un état de tristesse.
CRITIQUE
Il faut éviter en psychologie ce der. nier sens, qui est une source d’équivo. ques. Ce mot présente d’autres sens, non philosophiques, mais sans amhi. guité.
Rad. int. : A. Influ; B. Afekt. (Au sens d’attrister, Aflikt.\
AFFECTIF, D. Gefühls.. ; E. Affec.
29 ss
Affectif diffère de Passif en ce qu'il contient de plus : 1° l’idée qu’il s’agit d'un phénomène de sensibilité, au gens B ; 2° l’existence d’une réaction de la part de l’être sentant, qui exprime par un certain état individuel la modi- fication reçue du dehors. On appelle « ton affectif » ou « élément affectif » d’une sensation la part de sensibilité qui y est contenue, en tant qu’on l’op- pose à son aspect représentatif ; — « mémoire affective », la reviviscence, à titre de simples souvenirs, de senti- ments éprouvés autrefois. (Mais l’exis- tence d’une mémoire affective propre- ment dite est discutée.) Cf. Mémoire*, et observations ci-dessous.
CRITIQUE
Très bon terme philosophique ; il a eu autrefois le sens d’affectueux, mais
AFFECTION
en est aujourd’hui complètement dée- barrassé. Rad. int. : Afektiv.
AFFECTION {L. Affectus, Affectio) : D. Affektion, Gefühl. (Sur l’usage alle- mand du mot Affekt, voir Wunopr. Physiol. Psychol., Il, 404) ; — E. Affec- tion (Affect est proposé par les contem- porains dans un autre sens, celui de mobile* venant de la sensibilité ; BazD- WIN, MACKENZIE, STOUT, dans le Duct. of philos. and psych., sub V0), — I. Affecto, Affezione.
A. Tout mouvement «le la sensibilité. au sens B, qui consiste en un change- ment d'état provoqué par une cause extérieure. Ce mouvement suppose l'existence d’une tendance, mais ne se confond pas avec elle : « La conscience de chaque affection. enveloppe celle
AD vertiginem, voir .{d* ignoran- | (fe; I. Affettivo. | ee Désigne le caractère générique du
tam. plaisir*, de la douleur*, et des émo- AESTHOPHYSIOLOGIE, E. Æstho- | tions*, qu'on appelle souvent du nom physiology. (SPExCER, Princ. of Psy- | commun d’ «états affectifs ». L’expres- chol, I, ch. 6) : étude des rapports : sion « tendances affectives » est aussi entre la physiologie et la psychologie ! appliquée aux inclinations* et aux de la sensation. passions*.
faut toujours pouvoir s'étonner, elle survit à la découverte même, et devient un sentiment de joie esthétique et métaphysique, comme l'indique la fin de la 3e Méditation, où Descartes s'arrête devant Dieu pour « considérer, admirer et adorer l’incomparable beauté de cette immense lumière ». — 3° Ollé-Laprune a vu dans l’admiration le ressort moral de la philosophie, l’âme de l’éducation, le viatique de la vie spirituelle, la récompense finale d’un amour de la vérité comme elle en avait été le commencement et l’attrait : le rôle que d’autres attribuent à la curiosité, à l'inquiétude, il le fait jouer à ce sentiment de joie confiante qui épanouit l’être dans la possession toujours accrescible d’une réalité infiniment riche et bonne. Voir son discours sur l’Admiration!. (Maurice Blondel.)
Sur Affecter. — To affect, en anglais, peut s’employer même quand l’objet de l'action n’est pas un être vivant. (Th. de Laguna.)
— M. Ch. Werner rappelle que Kant se sert du mot afficiren pour désigner l’action que l’objet exerce sur la sensibilité (Esthét. transe, $ 1).
Sur Affectif. — Article complété d’après des indications dues à Fr. Abauzit et à M. Louis Weber.
J’estime, malgré les objections élevées contre l'existence de la mémoire affec-
à du dans BLownet. Léon Ollé-Laprune, l'Achèvement ef l'Avenir de son tEuvr:, pages 290-296. Cf. ibid, p. 44.
tive, qu’elle est aussi constante que la mémoire intellectuelle et aussi répandue. Elle ne cadre pas avec le dualisme bergsonien de la mémoire pure et de la mémoire motrice ; mais c’est à mon sens ce qui montre le mieux la fragilité de la conception bergsonienne sur le souvenir.
Dans le caractère affectif de certains états qui apparaissent avec le caractère d’un passé retrouvé, reconnu, et plus ou moins localisé dans le temps, il n’y a ni plaisir ni douleur. 11 y a peut-être de l'émotion, — encore que le terme altère ici ce qu’il prétend désigner : car lorsqu'on parle d'émotion, on pense toujours plus ou moins aux émotions massives et frustes, aux émotions-chocs, tandis qu’il n’y a rien de pareil dans les souvenirs affectifs. M. Piéron, notamment, dans la Revue Philosophique de 1902, a décrit certains cas de ce genre avec une précision remar- quable et avec d’heureuses expressions. Bref, le caractère « affectif » d’un état de conscience serait, en son fond, une conscience cénesthésique apparaissant par intervalles, en certains moments de détente de l’attention et de passivité récep- trice, au contact de perceptions externes accidentelles. Cette conscience de la cénesthésie — d’une cénesthésie retrouvée, dans le cas où il s’agit d’un phénomène de mémoire — n’est émotion que par un mécanisme indirect. Et elle n’est pas nécessairement teintée de plaisir ou de souffrance. Ce serait là le propre de l’état affectif le plus général, ou si l’on veut, le plus élémentaire. (Louis Weber.)
L'interprétation du caractère affectif comme étant un ensemble de sensations cénesthésiques, ou (dans le cas de la mémoire) d'images d’anciennes sensations cénesthésiques, est une hypothèse certainement très plausible, mais non pas un fait assez incontestable pour que nous puissions le faire entrer dans la définition du terme lui-même. Peut-être même la notion de l’affectif est-elle, psychologi- quement, une de ces idées simples que ne peut décomposer l’analyse. C’est pour- quoi nous nous en sommes tenus à une définition par extension, dans laquelle d’ailleurs le mot émotion doit être entendu au sens le plus large. (A. L.)
Cf. Louis WEBER, Sur la mémoire affective, Rev. de Métaph., nov. 1914.
AFFECTION
à ds
3
d’une tendance qui la produit. La ten- dance ne nous est donnée que par l'affection, etc. » LACHELIER, Psycholo- g'e et Métaphysique, à la suite du Fon- dement de l'induction, p. 137.
B. Spécialement, le plaisir et la dou- leur, en tant qu'opposés, comme moins complexes psychologiquement et phy- siologiquement, aux émotions propre- ment dites de colère, de crainte, d’es- poir, etc.
C. Inclination élective*, moins in- tense et plus régulière que la passion B, ct caractérisée par l'absence ou le peu d'importance des facteurs physiologi- ques. La même nuance existe dans l'anglais affection.
D. Ensemble des états et des tendan- ces affectives. « Notre existence morale ne comporte une véritable unité qu’au- tant que l'affection domine à la fois la spéculation et l’action. » A. Courr Discours préliminaire. (Pol. pos., I, 15.)
CRITIQUE
Les mots 76, Perturbationes animi {auctore Cicerone), affectus, affectiones, Passtones sont donnés comme syno- nymes par St AUGusrix, De civitate Der, IX, 4. — Affectio s'emploie selon GocLExItTS Pour désigner soit une dis- position, soit un état, soit un change- ment d’un tre, que la cause en soit Interne ou externe. Lex. phil, 28b. I] reconnaît pour «ffectus deux sens : 19 xx0uc, accidens ; 20 les tendances de désir et d’aversion en tant que sponta- nees et non provoquées par une sensa- tion actuelle. Jbid., 80a. Le premier de ces sens, qui enveloppe toutes les mo- difications d’un être, même intellectuel- les, a persisté jusqu’au xvuie siècle. Voir un texte de Burrox cité dans Lit- tré, sub Vo, — Spinoza prenait affectio avec la même généralité, et resteignait ainsi qu'il suit le sens d’affectus « J'entends par passions (affectus) les affections (affectiones) du corps qui
augmentent ou diminuent sa puissance d’agir, etc. » Éthique, III, Déf. 3.
Pour Descanres, l'affection (C) est caractérisée par ce fait qu’on y estime l'objet de son amour moins que si. même. Elle s'oppose à l'amitié, où l'estime est égale ; et à la dévotion, où elle est supérieure. Passions de l'âme II, art. 83. Cette nuance est entière. ment effacée aujourd’hui. Chez Reis les affections sont toutes les inclina. tions* attractives ou répulsives à l'égard de nos semblables. — Maire DE BiRAN : « L’affection est ce qui reste d’une sensation complète quand on en sépare l’individualité personnelle ou le moi, et avec lui toute forme de temps ou d'espace », ou encore « quand l'idée de sensation se trouve réduite à la simple sensation sans idée d'aucune espèce ». Essai sur les fondements de la Psychologie, Œuvres inédites, II, 11. M. Pierre JANET conserve le sens de Maine de Biran (Automatisme psycho- logique, p. 41).
Il est donc nécessaire de spécialiser et de préciser ce terme si l’on veut en faire un usage philosophique. Nous pro- posons de le restreindre à l’ensemble de tous les sentiments statiques qui consistent en un état et non en une tendance. Les affections comprendront alors le plaisir, la douleur, et les émo- tions proprement dites.
. { affections {Plaisir et douleur. Senti- émotions. RES) tendances | inclinations.
| affectives } passions.
Rad. int. : Afekt.
AFFECTIVITÉ, D. Affektivität, Ge- fühl ; E. Affectivity, feeling ; I. Affet- livila.
A. Caractère des phénomènes affec- tifs.
B. Ensemble des phénomènes affec- tifs. Voir Sensibilité*, B.
Sur Affectivité. — Voir l’histoire de ce m
ot et la critique de son sens par
M. Maurice Pradines, Revue de Synthèse, octobre 1935.
s1 . et
Afférent, voir Efférent*.
AFFINITÉ (L. Affinitas) ; D. Ver wanditschaft, Affinüät; ÆE. Affinity; J. Affinità.
A. Alliance (analogue aux alliances de famille, sens propre d’affinité chez les jurisconsultes).
B. Ressemblance, liaison ou attrac- tion résultant d’une ressemblance.
C. Attraction, analogue à l'attraction moléculaire qui produit les combinai- sons chimiques, et qui a été appelée affinitas par ALBERT LE Granp. Le mot, au sens chimique, est surtout devenu populaire avec BOERHAAVE (S).
CRITIQUE
Terme vague, qui n’a que deux em- plois à peu près définis : 10 les Affinités électives (Wahlverwandischaften), titre d’un roman de GŒTHE : c’était primi- tivement une expression de chimie due à Bergmann et désignant les affinités qui détruisent un composé au profit de nouvelles combinaisons : 2° |’ Affinité naturelle des idées, propriété qu’ont les phénomènes psychiques de s’attirer
AFFIRMATION
l'un l’autre dans le champ de la cons- cience par association* des idées (avec ou sans ressemblance).
Rad. int. : Afin.
AFFIRMATIF, D. Bejahend ; affir- mativ ; E. Affirmative ; au sens C, po- sitive ; — I. Affermativo.
A. B. Qui constitue une affirmation, soit au sens A, soit au sens B. Quand il s’agit d’un jugement ou d’une proposi- tion, ce mot s’entend toujours au sens BB.
C. En parlant des personnes : qui est porté à affirmer avec décision, qui affirme avec force (dans un cas donné).
Rad. int. : A. Asertal, Afirmal ; B. Asertem.
AFFIRMATION, D. A. Behauptunz ; B. Bejahung ; — KE. Affirmation ; — I. Affermazione.
A. Dans la langue courante, acte par lequel on pense ou l’on énonce un jugement comme vrai (que ce juge- ment soit dans sa forme affirmatif ou négatif). S’oppose à question ou à doute. En ce sens, toute négation ferme est encore une affirmation.
Sur Affinité — Consulter Étienne GEorFRoY SAINT-HILAIRE, Études pro- gressives d’un naturaliste, notamment la dernière étude : « Loi universelle (attrac- tion de soi pour soi) ou clef applicable à l'interprétation de tous les phénomènes de philosophie naturelle », dans laquelle il appelle affrontement ce qu’on nomme d'ordinaire affinité. — Voir en particulier la note de la page 159, où il explique com- ment il a formé ce mot. (Louis Boisse.) — Cf. ci-dessous Attraction*, observations.
« Pour Barchusen, les corps qui ont entre eux de l’affinité se ressemblent, sont cousins, ce qui ne veut pas dire qu'ils s'aiment ; pour Boerhaave, au contraire, l'affinité s'exerce entre des corps entre lesquels il ne signale aucun rapport de similitude, mais qui s'aiment, qui s'unissent et qui célèbrent leurs noces avec plus Ou moins de bruit ou d'éclat. » J. B. Dumas, Leçons sur la philosophie chimique, 398.
(Texte communiqué par M. Marsal.)
Sur Affirmation. — On peut bien réserver affirmation au sens B, mais peut-on
réserver de même affirmer ? On dit bien : ainsi, la distinction devient précaire.
« J’affirme que non. » Et s’il en est (G. Beaulavon.) — Elle est nécessaire
surtout lorsque affirmation est pris au sens où le mot désigne, non l’acte d'affirmer, mais la chose affirmée ( Afirmato et non Afirmo). Dans le cas du verbe, et du substantif à sens verbal, il est facile d’en légitimer l'usage si l’on observe que lorsqu'on dit : « J’affirme que non », l’objet de l’affirmation est une lexis prise en bloc, et contenant en elle-même la négation, qui reste ainsi extérieure à l'acte
d'affirmer. (A. L.)
AFFIRMATION
B. Loc. Par opposition à négation* désigne le caractère d’une proposition dans laquelle la copule (au sens général, c’est-à-dire la relation considérée entre les termes) est simplement posée comme existante ; la négation consistant à af- firmer (au sens A) l’absence de cette relation (par privation ou par exclusion).
CRITIQUE
Pour le sens A, il convient de dire assertion et de réserver affirmation pour le sens B, conformément à la remarque faite par M. GogLorT dans son Vocabu- laire, et approuvée à la séance de la Société de philosophie du 29 mai 1902.
Rad. int. : A. Asert ; B. Afirm.
« Affrontement », voir Affinité*, ob- servations.
A FORTIORI (Raisonnement}), L. {(sous-entendu : causa).
A. Raisonnement qui conclut d’une proposition à une autre proposition, telle qu’il y ait en faveur de la seconde les mêmes raisons qu’en faveur de la première, et de plus une ou plusieurs autres raisons (une objection ou une difficulté de moins pouvant compter pour une raison de plus). « Je t’aimais inconstant ; qu’aurais-je fait fidèle ? » Andromaque, acte IV, sc. 5.
B. Raisonnement qui conclut d’une quantité à une autre quantité de même nature, plus grande ou plus petite, et telle que la première ne puisse être atteinte ou dépassée sans que la seconde le soit aussi. « Ce que nous venons de dire subsistera a fortiori si l'erreur de pointé de la lunette, au lieu d’être du même ordre de grandeur que celle des lectures, est notablement plus faible. » COLARDEAU, Approximations dans les mesures physiques, p. 279.
LS
32
REMARQUE
Cette seconde forme de raisonnement s'applique également, même dans l'or. dre moral, à tout ce qui est considéré comme susceptible de degrés; par exemple dans le raisonnement du Pro Milone : « Si l’on a le droit de tuer Je voleur, à plus forte raison l'assassin. , L’argument paraît d’ailleurs, sous ses deux formes, être d’origine juridique, et se rattacher à la règle : « Non debet, cui plus licet, quod minus est non licere. » ULPIiEN, dans Digeste (Ed, Mommsen, livre 50, titre xvii, n° 21. Cf. 26 et 110).
AGENT, D. Der ou Das Wirkende ; E. Agent ; 1 Agente.
Transcription du L. Scol. Agens, ce qui agit ou celui qui agit. Tout être, en tant qu’il est considéré, en un sens quelconque, comme exerçant une ac- tion*, particulièrement au sens B. (L'objet de cette action est le patient.)
« Intellect agent » (L. scol. Intellectus agens). « La plus commune opinion est celle des péripatéticiens, qui prétendent que les objets du dehors envoient des espèces qui leur ressemblent. Ces es- pèces… sont rendues intelligibles par l’intellect agent, ou agissant, et sont propres pour être reçues dans l’intellect patient. » MALEBRANCHE, Recherche de la vérité, III, 11, ch. 2. Voir Actif (in- tellect).
AGNOSIE, D. Agnosie ; E. Agnosia ; IL Agnosia.
Incapacité de reconnaître les objets ou les symboles usuels (amnésie per- ceptive) sans trouble des sensations en général.
On distingue une agnosie visuelle (cécité psychique totale, ou partielle,
Sur Agnosie. — Article ajouté par M. Henri Pléron; la remarque qui y est jointe figurait primitivement à la fin de l’article agnosticisme.
— Ce terme s’écrit aussi quelquefois Agnoscie. Il a été créé par FREUD en 1891. L’agnosie comprend en partie ce que l’on a appelé l’asymbolie (FINKELNBURG, 1870). Toute cette terminologie n’est pas encore absolument fixée. » (Ed. Cla-
parède.)
83
AGRÉGAT
——
dont la cécité verbale est un cas parti- culier) ; une agnosie tactile (agnosie des formes tactiles, ou astéréognosie, due à un trouble de la sensibilité
rtant principalement sur la kines- thésie) ; enfin, une agnosie auditive, surdité psychique, totale ou partielle, dont la surdité verbale est un cas par- ticulier).
REMARQUE
Agnosie est donné comme synonyme allemand d’agnosticismus dans le Dic- tionnaire de Bazpwin;, mais, d’après Eiscer, sub Vo, il s'applique à la doc- trine de Socrate : « Je ne sais qu’une chose, c’est que je ne sais rien. »
Rad. int. : Agnosi.
AGNOSTICISME (du G. ’Ayvwotoc, inconnaissable). — D. Agnosticismus, Agnosie (? voir ce mot) ; — E. Agnos- ticism; — Ï. Agnosticismo, Agnos- teismo.
Terme créé par HuxLey en 1869. Il désigne actuellement, soit l’habitude d'esprit qui consiste à considérer toute métaphysique* (ontologique) comme futile (Bazpwin, sub Ve); soit l’en- semble des doctrines philosophiques, d’ailleurs très différentes entre elles à d’autres égards, qui admettent l’exis- tence d’un ordre de réalité inconnais- sable par nature (notamment le Posi- tivisme* d’Auguste CowTe; l'Évolu- tionnisme* de H. SPENCER ; le Relati- visme* de HaAmiLTon; quelquefois aussi, sous réserves, le Criticisme* de KANT).
Rad. int. : Agnostikism.
AGNOSTIQUE, subst. et adj. — D. Agnostiker, agnostisch ; E. Agnostic; I. Agnostico.
En parlant des personnes : qui pro- fesse l’agnosticisme*; ou (adjective- ment) en parlant des doctrines : qui constitue une forme d’agnosticisme. Voir ci-dessus.
Rad. int. : Agnostik.
AGONISTIQUE. G. &ywvwartixés, qui concerne la lutte; quelquefois, qui aime la lutte et la contestation (ëpra- ttx6c), PLATON, Ménon, 75 C; — D. Agonistisch : E. Agonistic : I. Ago- nistico.
A. Relatif à la lutte, particulièrement à la lutte pour la vie.
B. En parlant des doctrines ou des dispositions d’esprit : favorable à la lutte; qui recommande la lutte et y voit l'instrument du progrès.
Rad. int. : Luktal, —em.
AGRAPHIE, D. Agraphie ;: E. Agra- phia ; 1. Agrafia.
Perte de la capacité d’écrire. Voir aphasie*,
Rad. int. : Agrafi.
Agréable et désagréable, voir Plaisir*, Douleur*, et cf. Sensation.
AGRÉGAT (du L. aggrego); D. Ag- gregat ; E. Aggregate, Aggregation ; I. Aggregato.
Ensemble d'éléments juxtaposés et réunis par une certaine cohésion. « Le composé n’est autre chose qu’un amas ou aggregatum des simples » (LEIBNIZ, Monadologie, $ 2). L'usage du mot, en
————_———__—_—_—_—_——————— ———————“î—————— ——— ————û—
Sur Agnosticisme. — Huxley a raconté avec humour, et non sans ironie, comment il a créé, en 1869, le mot Agnostic, pour pouvoir lui aussi, dit-il, se prévaloir d’un nom de doctrine, au milieu de ses honorables confrères de la Metaphysical Society qui avaient tous des qualificatifs en -iste. Voir Agnosticisme (1889) dans Huxzey, Collected Essays, tome V, p. 239. Cf. aussi ARMSTRONG, Agnosticism and theism in the XIXU® century. En fait, les termes agnostique, agnosticisme ont souvent servi de formule commode, dans les cas, ou dans les pays, où la déclaration d'une confession religieuse déterminée se trouvait obliga- toire, ou du moins usuelle, en certaines circonstances. (A. L.)
AGRÉGAT
sociologie, est emprunté à la biologie, où l’on oppose, par exemple, les Salpes agrégées aux mêmes animaux vivant à l’état d'indépendance individuelle.
CRITIQUE
Il est commode de conserver au mot agrégat le sens très général qu’il a reçu, en subdivisant ainsi qu’il suit les diffé- rentes classes d’agrégats :
19 Agrégat proprement dit ou méca- nique, dont l'unité ne suppose ni dé- pendance fonctionnelle, ni différencia- tion, ni solidarité morale ; 2° colonie qui suppose une dépendance fonction- nelie sans différenciation appréciable ; 30 organisme qui suppose une interdé- pendance* des éléments avec diffé- renciation ; 4° association* qui, sans exclure ou admettre nécessairement le caractère de colonie ou d'organisme, suppose que le lien principal de l’agré- gation est de nature psychologique (représentation et volition). G. Tarde propose pour ces trois derniers cas le terme adaptat, qui serait heureux. (Les lois sociales, p. 116.)
Rad. int. : Agregai.
Agueusie, voir les observations sur Anesthésie*.
AINSI, D. So, also; E. Thus, so; I. Cosi.
Sens général manière.
Au commencement des phrases, liai- son vague très usitée en philosophie, soit pour annoncer le résumé de ce qui précède, soit paur en tirer une consé- quence (forme affaiblie de donc*), soit même quelquefois comme une simple transition. Cet usage facile est peu favo- rable à la précision du rapport entre les idées.
: ceci étant, de cette
ALEXANDRINISME, D. Alexandri- nismus ; E. Alexandrinism ; I. Ales- sandrinismo.
A. Civilisation grecque d'Alexandrie (philosophie, art, lettres, sciences) de-
ne 34
Cette
puis le ze siècle avant Jésus-Christ jusqu’au nie siècle de notre ère; spé. cialement, en philosophie, l’ensemble des néo-platoniciens proprement dits (Ammonius Saccas, Plotin, Porphy. re, etc.) et des alexandrins chrétiens (Clément d'Alexandrie, Origène, etc.),
B. Caractère de pensée et de style dont les écrivains et particulièrement les poètes grecs d'Alexandrie ont donné l'exemple : subtilité et obscurité, jointes au goût des allégories et des allusions érudites.
Rad. int. : Alexandrinism.
ALEXIE, D. Alexie,; E. Alexia; L Alessia. Voir Cécité* verbale.
ALGÈBRE (de l'Arabe : Al-djebr, réparation, qui s’appliquait probable- ment au rétablissement des équations par additions et soustractions com- pensatrices. — D. E. I. Algebra).
A. Art de traiter les problèmes d’A- rithmétique en représentant les nom- bres (inconnus et connus) par des lettres. Science des nombres indéter- minés (LEIBNIZ).
B. Méthode générale de représen- tation des relations et fonctions* ma- thématiques et logiques au moyen de Symboles. Voir Algorithme*.
C. Science des propriétés des poly- nomes* et des formes* algébriques ; art de résoudre les équations algébriques.
D. Science de l’ordre (Poinsor). Cette définition a été louée par Cour- NoT pour sa profondeur, dans un cha- pitre où il recueille une série de défini- tions de l’Algèbre (Correspondance, ch. IV), mais lui-même adopte finale- ment le sens C.
CRITIQUE
Le sens A serait mieux désigné par Arithmétique universelle (NEWTON, STOLz) ; le sens B par Symbolique ou Caractéristique (LeiBniz), Logistique* quand il s’agit de logique; le sens D (Tactique de SYLVESTRE, Syntactique de CournorT), par Combinatoire*.
ALGORITHME
se PR TT, = É
Algèbre de la logique, D. Algebra der Logik ; E. Logicat Algebra ; 1. Al- ebra della logica.
Titre de l'ouvrage de SCHRODER, Vorlesungen über die Algebra der Logik (1890-1896) et de celui de L. CourTu- par, L'Algébre dela Logique (résumant les systèmes de Boole et de Schrüder), collection Scientia (1905).
L'une des formes de la Logistique*. Voir ce mot.
Rad. int. : Algebr.
ALGHÉDONIQUE (du G. &Ayoç, dou- kur, et #ovn, plaisir). Relatif à la dou- leur et au plaisir. « Plus immédiatement encore qu’à l’affectivité physique al- ghédonique, la perception apparaît liée au sentiment. » M. PraDixes, Tratté de psychologie générale, l'réface, 1x.
ALGIQUE, Algédonique {du G. &ayos, &ymov, douleur physique). Relatif à la douleur ou ayant le caractere d’une douleur. Parfois souffrant de douleurs.
ALGORITHME (on trouve aussi quelquefois la forme :{/zorisme, plus voisine de l’étymologie : Al Korismi ou Al Kwarizmi, nom de l’auteur d'une Algèbre qui introduisit en Europe au 1ixe siècle la numération décimale). D'où, à l’origine, ce sys- tème de numération ; puis, par suite, ensemble des règles du calcul des nombres écrits dans le système déci- mal {les « quatre règles ») ; et enfin, par extension, règles des opérations simples dans toute espèce de calcul. D. Algorithmus : EE. Algorithm ; I. Algoritmo.
Actuellement, ensemble de symbo- les et de procédés de calcul. Ex. algorithrne d'Euclide (pour trouver Île plus grand commun diviseur de deux nombres} ; algorithme infinitésimal {par opposition à la méthode infini- tésimale, conçue in abstracto comme un mode de raisonnement qui se re- trouve soit dans les Zndicvisibles, soit
Sur Algèbre de la Logique. — I ’expression a été créée par le mathématicien anglais Pooce. Sa raison d'être est dans l'emploi des svmboles littéraux et des signes opératoires de l'algèbre ordinaire pour traduire les théories de la logique formelle classique, que Boole espérait ainsi élargir. Ses Laws ef thought 118341 renferment, toute constituée du premier coup, l'algèbre dela logique traditionnelle, présentée comme un « calcul des classes », c'est-à-dire en se plaçant au point de vue de l'extension logique des concepts. On reconnut ensuite que les mêmes formules pouvaient être considérées comme constituant un calcul des propositions. — La « logistique » au sens de M. Bertrand Russell et de Couturat, est née de deux préoccupations distinctes : 1° appliquer les méthodes de l'algèbre à des rapports logiques que n’étudiait pas la logique formelle traditionnelle, en inventant au besoin de nouveaux signes opératoires ; — 2° établir que la logique aïlgo- rithmique, ainsi étendue et généralisée, renferme tous les principes des sciences mathématiques. (René Berthelot.)
— Boo élargit le champ de la logique traditionnelle, bien qu'il en accepte les principes, surtout, comme il est dit ci-dessus, en ce qui concerne les rapports d'extension. Mais il sort du cadre de cette logique quand il ramène le raisonnement aux méthodes de développement, d'élimination, et de réduction (Laws of thought, ch. v-vun) et lui-même indique dans le ch. xv du même ouvrage que sa Logique est plus large que celle d’Aristote, et que le raisonnement ne se réduit pas au syllogisme. Enfin toute la seconde moitié de l’ouvrage (ch. xvi et suivants) est un passage de la logique à la Théorie des probabilités, par le moyen de son algèbre : la probabilité d’une proposition étant intermédiaire entre les valeurs 0 et 1 que considère seules la Logique classique. (A. L.)
Sur Algorithme. — Article remanié d’après diverses observations, notamment de Paul Tannery.
ALGORITHME
dans les /fluxions, soit dans les dif- férentielles). Rad. int. : Algoritm.
ALGORITHMIQUE (logique), D. Al- gorithmische Logik ; E. Algorithmic Lo- gic ; 1. Logica algoritmica.
Système de notations et de règles de calcul, analogues à celles de l’algèbre, permettant, soit seulement de repré- senter les opérations de la logique classique d’une manière plus condensée et plus rigoureuse ; soit de l’étendre et de définir des opérations nouvelles, p. ex. celles qui concernent les fonc- tions logiques, la logique des rela- tions, etc.
36 appartient à un autre. « Le personna. lisme est un effort continu pour cher. cher les zones où une victoire décisive sur toutes les formes d’oppression et d’aliénation, économique, sociale ou idéologique, peut déboucher sur une véritable libération de l’homme. , Emmanuel Mounier, Esprit, jan. vier 1946, p. 13.
B. Terme le plus général pour dési- gner les troubles profonds de l'esprit : « Aliénation mentale.» Les limites de ce qu'on désigne ainsi sont très mal fixées, et certains aliénistes contemporains évitent d’en faire usage.
« Aliéné n’est pas un terme de la langue médicale, ni même de la langue
37
er
ses troubles psychologiques. » Pierre JanET, Les médications psychologiques, 1, 112.
« Allégeance », voir observations.
ALLÉGORIE (G.’AXAnyopia); D. Al- legorie ; E. Allegory ; I. Allegoria.
A. Symbolisme concret, se poursui- vant dans tout l’ensemble d’un récit, d'un tableau, etc., et tel que tous les éléments du symbolisant correspondent systématiquement chacun à chacun aux éléments du symbolisé.
——
ALLÉGORIE
B. L'œuvre elle-même qui est com- posée suivant ce procédé.
C. En particulier, on appelle sens allégorique de l'Écriture celui des quatre sens qui exprime les dogmes religieux et surtout la correspondance de l'Ancien et du Nouveau Testament. Les trois autres sont le sens littéral, le sens moral ou tropologique (HuGuEs DE SAINT-Vicron) et le sens anago- gique* : « Littera gesta docet, quid credas Allegoria, Moralis quid agas, quo tendas Anagogia. » (AUBER, Sym- bolisme religieux, Il, chap. 111, p. 50.)
Rad. int. : Alegor.
Voir Logistique*. scientifique ; c’est un terme du langage populaire, ou mieux du langage de la police : un aliéné est un individu qui est dangereux pour les autres ou pour lui-même sans être légalement respon- sable du danger qu’il crée. Le danger créé par un malade dépend beaucoup plus des circonstances sociales dans lesquelles il vit que de la nature de
ALIÉNATION, D. A. Veräusserung ; B. Irrsinn ; — E. Alienation ; I. Alie- nazione.
A. Au sens juridique et primitif : vente ou cession d’un bien à une autre personne.
Par métaphore : état de celui qui
Sur Aliéné. — Étymologiquement, le mot n’implique qu’une définition méta- physique et verbale : alienatus, celui qui ne s’appartient pas. Pour se faire une idée psychologique de l’aliénation mentale, il faut non pas la distinguer de la santé mentale, par des caractères arbitrairement choisis, mais l’en rapprocher au contraire selon ce principe de Claude BErvarD que le pathologique n’est que l’exagération du normal.
Si donc, avec M. F. Paulhan, on distingue parmi les normaux, et d’après l'ordre d’association des tendances, des types systématiques, hésitants, déséqui- librés, incohérents, etc., on pourra retrouver ces mêmes types parmi les aliénés, avec l’exagération en plus... Les qualités également formelles, mais secondaires, telles que richesse ou pauvreté mentale, lenteur ou rapidité des associations, pourront de même, par leur exagération, déterminer des sous-groupes, ou mieux caractériser les groupes déjà établis.
Enfin, au point de vue biologique et social, ce serait encore une erreur que de caractériser l’aliénation mentale en disant que l’homme sain est adapté à son milieu, tandis que l’aliéné ne l’est pas. Sans doute on peut considérer la santé comme la concordance de nos jugements, raisonnements, idées, images, etc., avec les phénomènes du monde matériel et social ; mais chez le normal lui-même cette concordance n’est jamais parfaite, et l'adaptation complète n’est pas. Il convient donc, ici comme plus haut, de parler seulement d’exagération ; et à cette restriction près, on pourra dire que les aliénés s’éloignent de l’adaptation, soit par excès de système (persécutés ou jaloux), soit par défaut de cohérence (excités maniaques), soit par hésitation des éléments psychiques (douteurs), soit par inertie (débiles, ou trop équilibrés). (G. Dumas.)
Sur « Allégeance ». — Dans un très curieux chapitre de sa Déontologie {ire partie, ch. xvi) BENTHAn attire l’attention du lecteur sur une vertu découverte par Hume et appelée par lui allegiance. C'est une « qualité qui peut devenir vertu ou vice selon son objet ». « Si cet objet est conforme au principe de la maximisation du bonheur, dès lors l’allégiance (sic) devient de la bienveillance effective sur la plus vaste échelle. Tout dépend de la nature du gouvernement au profit duquel l'allégiance est réclamée. Elle peut être une vertu évidente ou un crime funeste. Le mot d’allégiance s'emploie pour obéissance ; l’obéissance est bonne quand le gouvernement est bon, mauvaise quand il est mauvais. » Déontologie, trad. Benjamin Laroche (Charpentier, 1834), 1re partie, p. 304-305. (L. Boisse.)
— Littré fait remarquer que ce mot, d’ailleurs peu employé, sauf dans l’expres- sion « serment d’allégeance », n’a aucune parenté de sens ni de racine avec le mot allégeance pris au sens de soulagement, d’allégement. Il vient de la même racine que lige (homme-lige), terme d’origine germanique, et par conséquent ne doit pas être rapproché non plus du latin lex, legis. — Il semble qu’on ait affaire ici à un nom ancien de ce qui a joué plus tard un certain rôle dans la philosophie morale
sous le nom de loyalisme* (E. loyalty, souvent traduit à contresens par loyauté). (A. L.)
Sur Allégorie. — La rédaction a été légèrement retouchée conformément à une proposition de M. Th. de Laguna.
— Il y a une différence importante dans l'usage actuel général des mots allégorie et symbole, au point de vue esthétique. Allégorie a un sens presque toujours Péjoratif : on signale la « froideur », la pauvreté, la fadeur des allégories. C'est que les éléments qui forment l'allégorie n’ont pas d’intérét propre, ni même souvent de signification quelconque, en dehors du rôle qui leur est intentionnellement attribué. Elles sont nécessairement artificielles et presque toujours compliquées. — Au contraire, le symbole peut être vivant, évocateur, parce que l’image y a un intérêt propre ; elle vaut par elle-même en même temps que par ce qu’elle Suggère ; quelque chose des sentiments qu’éveille le symbole enrichit donc l’idée Symbolisée.
Par exemple, on parlera d’allégories à propos du blason, du Roman de la Rose OU de la Carte du Tendre, de la Melancholia d'Albert Dürer ou de l’Apothéose d'Henri IV de Rubens, — et de symboles à propos du Faust, du Moïse de Vigny,
ALOGIQUE 38
« ALOGIQUE », D. Alogisch (ScHo- PENHAUER, HARTMANN).
Opposé à logique*, non comme con- traire à celui-ci dans un même genre, mais comme étranger aux détermina- tions qui le constituent. — Cf. Amoral*.
Spir dit en ce sens illogique, qu'il oppose à antilogique. « La réalité. est illogique, mais non antilogique. » Nou- celles esquisses, p. 20.
Ce mot avait été proposé dans la première rédaction du présent Vocabu- laire pour représenter tout ce qui, dans l’homme, est au delà des fonctions in- tellectuelles. Mais il a soulevé de vives objections. Voir notamment en appen- dice la lettre de M. Maurice BLONDEL, relative à l’idée d’action.
Rad. int. : Alogikal.
ConpiLLac (mais du point de vue em. pirique) pour désigner les éléments simples dont sont formées, suivant eux toutes les idées. L'origine de cette expression paraît être le titre Abecedarium naturae, donné par Bacon à l’un de ses ouvrages ; i] désigne les « formes* » élémentaires qui, selon lui, par leurs combinaisons, « à la manière des lettres de l'alphabet », constituent toutes les propriétés des choses, et intellectuellement, toutes les vérités. (De dignitate, III, 1v, 11.)
ALTÉRATION (G. ’AXMoiwaic); D, Alteration, Aenderung ; E. Alteration | (sans import péjoratif) ; I. Alterazione. | A. Chez Aristote, changement dans la catégorie de qualité* : le fait de devenir ou de rendre autre.
Ce sens se rencontre encore dans la langue technique de la théorie de la connaissance ou de la dialectique : « L’altération est une notion originale au même titre que la qualité... » Hane-
« ALPHABET des pensées humaines», expression employée par LEIBNIz (His- toria et commendatio linguae characte- ricae, Gerh., VII, 185; De Organo, Inédits, éd. Couturat, 430, etc.) et par
du Satyre de V. Hugo, de la scène du Pauvre dans Don Juan, de toute l’œuvre de Wagner. (G. Beaulavon.)
« — La remarque de M. Beaulavon sur allégorie et symbole est pertinente, mais incomplète. Ces termes s'opposent non seulement comme le pauvre au riche, le froid au chaud et le mort au vivant ; mais encore comme le clair au confus, l’univoque à l’équivoque, le transparent au trouble. On le montrerait par la comparaison du classicisme, de l’époque des lumières, au romantisme {surtout allemand). Il semble qu'il y ait dans la structure mentale française une répugnance générale à accepter le symbole. De là l'import péjoratif des épithètes ci-dessus. De là la réaction des critiques, tels que Sarcey, devant certaines œuvres étrangères.
De là enfin l’insuccès des thèses de Freud, sur le symbolisme du rêve. » Lettre de M. Marsal à M. À. Lalande.
Sur Alogique. — Utile pour désigner ce qui n’a pu être encore introduit par la réflexion dans les cadres de notre logique, ce mot ne saurait avoir une valeur définitive et stable ; car, en réalité, rien dans la nature ou dans l'esprit n’est étranger aux déterminations qui font du réel et du pensé un solidum quid. La logique n’a cessé de s’élargir et de s’assouplir pour intégrer ce qu’elle avait d’abord exclu, le fait, l’accidentel, l’exceptionnel, le pathoiogique : il y a une logique du sentirnent, de la passion, de la vie, de l’action, une logique du désordre ; non pas qu’elle justifie tout en comprenant tout : bien au contraire, elle fait ressortir les répercussions lointaines d’une justice immanente, d’une norme coextensive à l’ordre comme aux aberrations apparentes et provisoires. Il y a de l’illogique,
en ce sens que les contraires sont du même genre ; il n’y a, au fond, point d’alogique. (Maurice Blondel.)
39
Le ——
LIN» Essai…., ch. 111, $ 2, À : « Comment
constituer une notion intelligible et à u près complète de l’altération en néral. »
B. Dans le langage moderne passage aun état différent ou anormal, consi- déré comme inférieur. « L’altération des couleurs d’un tableau. »
Rad. int. A. (action de devenir autre) : Altresk; (action derendreautre ): Altrig. — B. Koruptesk, Koruptig.
ALTÉRITÉ (G. érepérnc) ; D. Anders- het, Anderssein ; E. Otherness, Alterity (rare), L Alterita.
A. Caractère de ce qui est autre*. S'oppose à identité.
B. Spécialement, chez RENOUVvIER, caractère de ce qui est autre que moi. (Ce sens lui est propre.) Voir Observa- tions.
REMARQUE
La notion d’altérité est au point de vue logique une relation symétrique et intransitive, qui a été représentée par O’ (ScHrôDERr) ou par |’ (COUTURAT, Les Principes de la logique, $ IV, dans l'Encyclopédie Ruge). Elle est ainsi définie comme négation pure et simple de l'identité.
Rad. int. : Altres.
ALTERNATIVE, D. E. Alternative ; 1 Alternativa. — Voir Disjonctif.
A. Système de deux ou plusieurs propositions dont l’une au moins est vraie. C’est donc la somme logique de
ALTRUISME
deux ou plusieurs Pp (qui ne sont pas nécessairement exclusives l’une de l’autre). Cette acception est rare.
B. Plus spécialement {mais plus ordi- nairement), système de propositions dont une seule est vraie. (Disjonction exclusive.)
RENouvIER appelle principe de l’al- ternative ce qu’on nomme d’ordinaire principe de milieu exclu. Logique,* 2e éd., I, 249-252.
Par suite, dans l’ordre pratique, pos- sibilité ou nécessité de choisir entre plusieurs décisions à prendre.
C. Chacune des propositions ou des décisions qui font partie d’une alter- native au sens À ou au sens B.
CRITIQUE
I] serait désirable d'adopter des noms différents pour les systèmes de propo- sitions et pour chacune de celles-ci, par exemple, dans le premier cas, alterna- tive ; dans le second, alternée (ce dernier mot pouvant avoir un sens relatif : « m est l’alternée de n » signifierait : m et n sont les alternées d'une même alternative).
Rad. int. : À. Alternativ ; B. Alter- nant.
ALTRUISME, D. Altruismus ; E. Al- truism ; I. Altruismo.
Terme créé par A. CoMTE, en oppo- sition à égoïsme*, adopté par SPENCER et devenu courant dans la langue phi- losophique.
A. Psycn. Sentiment d’amour* pour
Sur Altérité — Le sens où Renouvier prend ce mot nous a été signalé par
Louis Prat, qui renvoie au texte suivant : « De La relation comme catégorie. Le sujet : ma pensée propre. L'objet : un coup du dehors. L’objet, c’est l’autre : une sensation, une traction, une poussée, un frottement, une douleur. Pas de locali- sation ; l’idée d'espace n'intervient pas encore : il n’y a qu’une opposition entre le moi et le non-moi. » — « Ipséité, altérité, et synthèse : perception. Ce qui, au Point de vue du moi propre, correspond aux termes de la relation en général : Distinction, Identité, Détermination.» RENoOUvVIER, Derniers Entretiens, p. 9 et 10 Copie d’une note rédigée par lui).
— Il serait nécessaire, semble-t-il, pour la correspondance des termes, de rétablir l’ordre suivant : Identité, Distinction, Détermination. Mais c’est également Ainsi qu’ils sont énumérés dans la Logique, ch. xxvi. (A. L.)
ns...
ALTRUISME
autrui : soit celui qui résulte, instincti- vement, des liens qui existent entre les êtres d’une même espèce ; — soit celui qui résulte de la réflexion et de l’abné- gation individuelle. Il comprend, d’a- près le Tableau du Catéchisme positiviste, l’attachement, la vénération, la bonté.
B. Éruique. Doctrine morale, oppo- sée à l’hédonisme, à l’égoïsme*, et dans une certaine mesure à l’utilitarisme* (en tant que celui-ci ne veut faire appel, en principe, à aucun autre res- sort moral que la recherche, par l'agent, de son véritable intérêt) : théorie du bien qui pose au point de départ l’in- térêt de nos semblables, en tant que tel, comme but de la conduite morale. Cf. les
7
40
on CRITIQUE
Nous avons distingué nettement les deux nuances du sens À, non seulement parce qu’au point de vue psycholo. gique elles répondent à deux attitudes différentes, mais parce que M. Bao. WIN (Dictionary, sub Vo) fait remar- quer que le mot altruisme ne doit être employé que lorsqu'il s’agit d’une dis. position consciente, non d’un instinct ou des habitudes créées par l’interdé- pendance* organique. On remarquera que, dans le Discours préliminaire, Comte emploie à plusieurs reprises ab- négation comme synonyme d’altruisme.
Sur la distinction entre altruisme et
formules de Comte : « Vivre pour au- | charité, voir ci-dessous la note de trui ; — L'Amour pour principe, l'Or- | M. BLonpez. dre pour base, le Progrès pour but, etc. » Rad. int. : Altruism.
Sur Altruisme. — « J’adopte très volontiers ce mot (altruiste, adj.), que nous
devons à M. Comte. Récemment un critique qui condamnait ce mot, comme étant de formation nouvelle (as newfangled), demandait pourquoi nous ne nous contentions pas des expressions bienveillant (benevolent) et bienfaisant (benefi- cent). Il y a à cela une raison fort suffisante. Altruisme et altruiste présentant à l'esprit, par leur forme aussi bien que par leur signification, les antithèses d’égoïsme et d’égoiste, communiquent l’idée de cette opposition très vite, et avec une grande clarté, ce que ne font pas de même bienveillance ou bienfaisance et leurs dérivés, parce qu'ils n’impliquent pas directement l’antithèse. Cette supériorité dans la force expressive du mot facilite la communication des idées morales. » H. SPENCER, Principes de Psychologie, 8° partie ; note au titre du chap. vit : « Altruistic senti- ments. » Traduction Ribot et Espinas, II, 638. Les chapitres précédents sont intitulés : « Egoistic sentiments, Ego-altruistic sentiments. »
Différentes modifications ont été introduites, à la séance du 3 mai 1923, dans la rédaction provisoire de cet article faite en vue de la deuxième édition :
1° Dans le $ À, il était dit primitivement : « … celui qui résulte instinctive- ment de la solidarité des êtres d’une même espèce. » M. Beaulavon a fait observer que ce terme était trop spécial, et impliquait une hypothèse, encore discutée, sur l’origine du sentiment altruiste instinctif.
29 Dans le $ B, les mots : « ou à l’individualisme » avaient été ajoutés sur la proposition de MM. Berthod, Gilson et Van Biéma. Auguste Comte, a-t-on fait remarquer, était préoccupé de porter remède à l’individualisme du xvri® siècle. On pourrait presque dire, a ajouté M. Berthod, que son idée d’altruisme s'oppose surtout à la Déclaration des droits de l’homme. On sait d’ailleurs avec quelle insistance il a critiqué cette idée de droit. — Mais il a semblé préférable de ne conserver cette remarque que dans les observations qui l’expliquent.
3° Dans le même paragraphe, quelques lignes d’explication ont été ajoutées, sur la proposition de MM. Gilson et Van Biéma, pour faire comprendre en quel sens l’altruisme peut être opposé à l’utilitarisme : car il n’est pas douteux que
st
AME
D Le
« AMABIMUS », terme mnémotech- nique de Locique énonçant l’équiva- jence des quatre modales A. A. I. U.,
gées dans l’ordre suivant : Possible, Contingent, Impossible, Nécessaire. — À marque l'affirmation du mode* et celle du dictum* (p. ex. : il est possible ue S Soit P) ; I, la négation du mode et affirmation du dictum ; U, la néga- tion du mode et celle du dictum. — £, qu’on trouvera dans les trois autres mots mnémotechniques similaires (Pur- urea*, Îliace*, Edentuli*) marque ’affirmation du mode et la négation du dictum. Voir Modalité*, Obs.
Amaurose, voir les observations sur Anesthésie*.
AMBIGUÏTÉ, D. Zweideutigkeit ; E. Ambiguiy ; I. Ambiguita.
Double sens d'un mot ou d’une ex- pression, soit par elle-même, soit sui- vant sa place et sa connexion. Cf. Am- phibolie*, Équivoque*.
Rad. int. : Ambigues, —aj.
AMBIVALENCE, (S).
Amblyopie, voir les observations sur Anesthésie*,
AME, G. Vuyn, L. Anima ; D. Seele ; E. Soul; I. Anima.
A. Le principe de la vie, de la pensée ou de toutes deux à la fois, en tant qu’il est considéré comme une réalité distincte du corps par lequel il mani- feste son activité. « ‘H buy S =o5ro & Cœuev xai aloBavôuelx xai Glavoouueôx TPOTO, » ARISTOTE, [epè buy ñc, 414212. Cette réalité peut d’ailleurs être conçue soit comme matérielle : ‘H Guyr oœux Xenvowepéc. » ÉpPicure, dans Dioc. LaERT., X, 33 : « Dei flatu natam, im- mortalem, corporalem, effigiatam »; TERTULLIEN, De Anima. 8, etc.; cf. ci-dessous, RENouviEr, Observations ; — soit comme immatérielle : « L'âme est d’une nature qui n’a aucun rapport à l'étendue ni aux dimensions ou autres propriétés de la matière dont le corps est composé. » DESCARTES, lassions de l'âme, 1, art. 30, etc.
Mill est très altruiste dans sa morale pratique, quoique son altruisme soit dérivé ; et c’est d’ailleurs ce que visait la rédaction primitive par les mots : « dans une certaine mesure ». Mais il a paru nécessaire d’être plus explicite. (A. L.) Altruisme, au sens d’Auguste Comte s'oppose d’une part à égoïsme ; mais de l'autre il s'oppose aussi à charité, A l'inverse des doctrines qui (comme celle de La Rochefoucauld) ramènent tous les ressorts de la vie affective au seul amour- propre, l’altruisme estime qu’il y a un mouvement centrifuge aussi naturel et spontané que la tendance centripète. Sur ce fondement de nature, il fait reposer l'ordre social et moral, en complétant, en organisant la spontanéité de l'instinct par la réflexion et la science qui, par l'Ordre et le Progrès, promeuvent l’humanité jusqu’au Culte religieux du grand Être humain. — Mais précisément parce que cet altruisme a sa source dans la nature et son terme de déploiement dans la société, il diffère radicalement de la charité qui, elle, ne se limite pas aux sugges- tions de la nature et à l’organisation positiviste des biens sociaux ; elle dépasse l’ordre limité de cette solidarité à la fois spontanée et raisonnée, pour regarder les autres hommes per oculos Dei, pour justifier le don infini de soi, pour ériger Dieu en l’homme, au lieu d’ériger l'humanité en Dieu. En essayant de soumettre à son usage des termes, des sentiments, des idées d’origine chrétienne, comme celui d’abnégation, Comte les a dénaturés et comme décapités. (Maurice Blondel.)
Sur Ame. — M. Prat ajoute, aux textes cités dans le $ A : « Zénon Cittien, Antipater dans ses livres De l’âme et Posidonius, nomment l’âme un esprit doué de chaleur, qui nous donne la respiration et le mouvement. » DIOGÈèNE DE LAERTF, trad. anonyme (Amsterdam, Schneider, 1761), tome II, p. 172. (Vie de Zénon.) —
AME 42
Sur le sens large et le sens étroit du mot dme (1° toute monade ; 2° les seules monades qui ont des perceptions distinctes et accompagnées de mé- moire), voir LE1BN1Z, Monadologie, $ 19.
B. Principe d'inspiration morale. « Avoir de l’âme », expression d’ANCIL- LON, louée par Mme de Staël, qui ajoute : « C’est ce souffle divin qui fait tout homme : aimer en apprend plus sur les mystères de l’âme que la méta- physique la plus subtile. » De l’Alle- magne, 3° partie, ch. n.
soit au point de vue moral, «soit Même au point de vue esthétique, par exempl], quand on dit qu'il faut avoir de l’âme pour avoir du goût ». (Lettre de M. Mau. rice BLonpeL.) Il se distingue du mo esprit* : 1° en ce qu'il contient l’idée d’une substance individuelle ; 2° en ce qu’il est plus compréhensif, le mot esprit s'appliquant surtout aux opéra. tions intellectuelles. Il s'oppose égale. ment au moi dans la question de savoir si notre âme « est plus grande que notre moi », c’est-à-dire si notre exis. tence psychique est plus riche de con. tenu que ce dont nous avons cons. cience.
Il a même le plus souvent, chez les modernes, une nuance religieuse, par suite d’une association très générale : 1° entre l’idée d’âme et l’idée d’immor.
CRITIQUE
Ce mot implique toujours une dua- lité de nature et de fins, une opposition, au moins provisoire, avec l’idée du corps, soit au point de vue métaphy- sique, soit au point de vue empirique,
M. Van Biéma rappelle le texte suivant de LE1BN1z : « Cependant pour revenir aux formes ordinaires ou âmes matérielles, cette durée qu’il faut leur attribuer, à la place de celle qu’on avait attribuée aux atomes, pourrait faire douter, si elles ne vont pas de corps en corps, ce qui serait la métempsychose »; et la doctrine qu’il y oppose sur «la conservation non seulement de l’âme, mais encore de l’animal même et de sa machine organique, quoique la destruction des parties grossières lait réduite à une petitesse qui n'échappe pas moins à nos sens que celle où il était avant que de naître. » Système nouveau de la nature et de la communication des substances, $ 6 et 7. Voir tout le passage, et cf. T'héodicée, 397.
On trouve aussi dans RENOUvIER une conception hypothétique de l’àme en tant que « composé subtil, délié, insaisissable pour des organes ou des instru- ments encore trop grossiers », mais cependant matériel, et capable de palingénésie*. Voir Psychologie rationnelle, ch. xx1v ; éd. Armand Colin, II, 290.
Plus que le mot esprit, le mot dme évoque le sentiment de ce qui est outal, chaud, cordial. Mais le mot esprit n'exclut pas ces harmoniques (et l’étymologie le rappelle bien) ; seulement il met davantage l'accent sur ce qui est indépendant des conditions matérielles ou animales, sur ce qui participe à l’universel, à l'éternel; on parlera de « pur esprit » plutôt que de « pure âme ». (Maurice Biondei).
L'usage du mot est souvent poétique et vague : « Un monde sans âme. « Objets « inanimés avez-vous donc une âme ?.… » (Lamartine). Bergson parle d'un « sup- plément d'âme », ce qui surprend de la part de l’auteur des Données immédiates. (M. Marsal.)
L'idée d’immortalité a été signalée dans la Critique ci-dessus sur la propo- sition de M. G. Beaulavon, qui fait remarquer que c’est à quoi, communément, l mot d'âme fait songer tout de suite dans nos sociétés chrétiennes. — On pourrait ajouter qu’il évoque aussi quoique, pour nous, secondairement, la doctrine de la transmigration des âmes. (Voir ci-dessus.) Toutes ces idées me paraissent 5 rattacher à celle de principe individuel et séparable, que j’ai essayé de mettre €? relief dans le texte de cet article. (A. L.)
& AMITIÉ
Cf. Actif* (intellect). — Sur la division générale des fonctions de l’âme, ou des âmes, voir Jbid., 413012, 414232.
glité; 2°entre l'idée d’âme et l’idée de pieu, considéré comme l’origine et le jen des âmes selon le Christianisme DESCARTES, MALEBRANCHE, LEIBNIZ, BenkELEYy, etc.)
Ame sensitive, «loënrixn buy, Anis- Rad. int. : Anim.
TOTE, Ilept Guy, 41521, etc. L'âme, ou la partie de l'âme, qui est le principe de la sensation et de la sen- sibilité, même chez les êtres qui ne possèdent pas la raison.
Ame du monde, ‘H roù navrèc Quyt, ARISTOTE, Îlept Quyxñic, 40723. Cf. PLa- Ton, Timée, 34 B sqq., où elle est sim- plement appelée *, buy. —— L. Anima mundi, Frunb , Principium hylarchi- cum, Henri More ; D. Weltseele, Welt- geist; E. Soul of the world ; ]. Anima del mondeo.
Ame qui joue par rapport au monde entier le rôle du principe d'unité et de mouvement défini ci-dessus. Elle est définie par ScuEeLLiNG :« Was die Conti- nuität der anorganischen und der orga- nischen Welt unterhält, und die ganze Natur zu einem allgemeinen Organis- mus verknüpft!. » Üeber die W'eltseele, Sämtliche Werke, 1, Ahth. II, 569. Elle est tantôt considérée comme tenant lieu de Dieu*, tantôt comme un inter- médiaire entre Dieu et les êtres visibles.
Ame végétative, Gpertikn duxn, ARis- TOTE, [Ilepi buy, 415223, etc. L'âme ou la partie de l’âme qui produit la nutrition, la croissance, la reproduc- tion et le déclin des êtres vivants, même non doués de sensation* et de sensibilité*.
Ame sensible {Anima sensibilis, ou Spiritus vitalis, Bacox). Les esprits animaux, compris à peu près comme chez Descartes. C'est une substance purement matérielle « .… tanquam aura composita ex flamma et aere ». Historia vitae et mortis, ed. Ellis, IT, 213-215. Voir Observations.
Ame pensante, dixvonruen Woyn, Alus- TOTE, Ilept puy ñc, 431814 ; vontixh our, Ibid., 429828. L'âme, ou la partie de l'âme qui est le principe de la pensée.
AMITIÉ, UD. Freundschajt : E. Friendship : 1. Amicizia.
Inclination élective* réciproque entre deux personnes morales; s'oppose à l'amour-B par l'absence de caractère sexuel ; à l’amour-C par le caractère de réciprocité.
1. « Ce qui soutient la continuité du monde organique et inorganique, et unit toute la nature en uu organisme ubiversel. »
. Sur Ame du monde. — Le dieu des Stoiciens relie l’ « âme du monde » platoni- tienne aux doctrines postérieures. 1l devient la Troisième H vpostase de Plotin, et c'est là qu'est l’origine du sens de ce mot chez Schelling. (R. Berthelot.)
Sur Ame sensible et Esprits animaux. — « Anima siquidem sensibilis sive brutorum plane substantia corporea censenda est, a calore attenuata et facta MVisibilis : aura, inquam, ex natura flammea et aerea conflata.. corpore obducta atque in animalibus perfectis in capite praecipue locata ; in nervis percurrens, et Sanguine spirituoso arteriarum refecta et reparata, quemadmodum Bernardinus
elesius et discipulus ejus Augustinus Donius aliqua ex parte non omnino inutiliter, Sseruerunt... Est autem haec anima in brutis anima principalis, cujus corpus Tutorum organum ; in homine autem organum tantum et ipsa animae rationalis, et spiritus potius quam animae appellatione, indigitari possit. » F. Bacon, D t&nitate, livre IV, ch. 111, 8 4.
Ban
AMITIÉ
CRITIQUE
.imitié a un sens plus précis qu'ami ion dit qu’on est ami des arts, du plaisir, non qu'on a de l’amitié pour ces objets). L'importance philosophique de ce terme vient surtout du rôle accordé à la œtaix par les philosophes grecs (PYTHAGORE, PLATON, ARISTOTE, Épi- curiens et Stoïiciens). ARISTOTE re- connaît trois sortes d’amitiés, qui se subdivisent elles-mêmes par de nom- breuses nuances : celle qui a pour objet le plaisir ; celle qui a pour objet l’inté- rêt; celle qui a pour objet le bien moral. La troisième seule est parfaite : tekela d'éctiv h Tov &yal@v quAla xai xx” äperhv ôuoiwv. Éthique à Nicomaque, VIII, 8, 115607. Les formes inférieures ne doivent pourtant pas être exclues du nom d’amitié. Éth. à Eudème, VII, 2, 12362. Les Stoiïciens vont plus loin et
4 nn ce qui n’est pas l'attachement des saps en raison de l'identité de leur sagess, (Entretiens d'ÉPicrèTte, Il, 22). Rad. int. : Amik(es).
AMNÉSIE (du G. &, uvñoic) : D. À Mne.